AVERTISSEMENT

Amis lecteurs
Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

Les Samaritains

                Samaritains réunis pour la Pâque. 
                     Les prêtres samaritains portent un chapeau blanc et rouge,
                     Le grand prêtre est assis au centre. interbible



 Guy-Dominique Sixdenier


cimec


Résumé


Les études samaritaines, plus récentes et moins connues que leur voisine, les études bibliques, représentent un apport essentiel à l’histoire du Proche-Orient ancien. A partir de la séparation de 938 BCE entre le royaume de Juda (Jérusalem) et celui d’Israël (Samarie), le peuple Samaritain, malgré toutes les vicissitudes d’une histoire tourmentée et souvent tragique, a su préserver son identité et transmettre, de génération en génération, un corpus scripturaire, une Torah, qui est un témoin précieux de la formation de la Torah hébraïque. Cet article ne se prétend certainement pas exhaustif mais tente une présentation générale de l’histoire des Samaritains et des problèmes actuellement rencontrés par les chercheurs qui ont à la fois à rechercher les traces archéologiques de la diaspora samaritaine dans le monde méditerranéen et au-delà et à établir une édition critique d’une littérature dont la majorité doit encore être publiée.


Toute personne désireuse de connaître un peu sérieusement les Samaritains, leur histoire, leur religion, leur littérature, dispose actuellement de plusieurs ouvrages de base parmi lesquels il convient de citer en tout premier celui de James A. Montgomery, “ The Samaritans ” (Philadelphia 1907) ainsi que celui de Moses Gaster, “ The Samaritans ” (Londres 1923) qui a été traduit en français sous le titre “ Les Samaritains ” (Paris 1984). L’an prochain est prévu, dans la collection Fils d’Abraham, un ouvrage qui offrira une présentation générale de l’histoire et de la religion samaritaines.
Dès que l’on veut aborder une connaissance plus universitaire des Samaritains, trois outils de travail s’imposent. En tout premier lieu, l’article “ Samaritains ” du Dictionnaire de la Bible (Supp. vol. 11, col. 740-1047), dû à Maurice Bailet, Jean Margain et André Lemaire. Ensuite, l’ouvrage collectif intitulé “ The Samaritans ” et publié à Tübingen en 1989 sous la direction d’Alan D. Crown. Enfin, l’inestimable répertoire alphabétique édité par Alan D. Crown, Reinhard Pummer et Abraham Tal sous le titre “ A Companion to Samaritan Studies ” (Tübingen 1993).
  Le lecteur soucieux d’approfondir les quelques points que nous nous proposons de développer dans cet article voudra bien se reporter à ces ouvrages. Quant à nous, nous nous efforcerons modestement de présenter non seulement la problématique propre aux études samaritaines, mais également les avancées dans la recherche, et les nouvelles questions qu’elles ont fait surgir, depuis la fondation à Paris, en 1985, de la Société d’Etudes Samaritaines dont le principal mérite a été de permettre à une centaine de chercheurs et d’universitaires de tous pays de pouvoir mettre en commun leurs recherches dans les domaines de l’histoire, de l’archéologie, de la linguistique, du droit, de la théologie, de la liturgie, des arts et de la paléographie propres aux Samaritains. Nous ne prétendons pas être des initiateurs puisque les études samaritaines ont vu le jour aux XVIe et XVIIesiècles avec les travaux de Scaliger, Postel ou Morin avant de connaître une renaissance dans les trois premiers quarts de notre siècle grâce à des savants tels que Paul Kahle, Federico Perez-Castro, Zeev Ben Hayyim ou Rudolf Macuch que les samaritanologues actuels reconnaissent comme leurs maîtres, paticulièrement le Professeur Ben Hayyim.


En notre fin de siècle, une partie des Samaritains a adopté le nom de “ Israélites Samaritains ”, manifestant ainsi à la fois leur appartenance au peuple d’Israël et leur attachement à la Loi de Moïse. Cette affirmation est le résultat d’une histoire longue et complexe ; le nom de Samaritains les rattache à la ville de Samarie, édifiée au IXe siècle BCE dans le Royaume du Nord (ou Royaume d’Israël), séparé du Royaume du Sud (ou Royaume de Juda) sous les successeurs immédiats de Salomon. Rappelons que la maladresse de Roboam, fils et successeur de Salomon, provoqua la révolte de l’armée du nord et Jéroboam devint le souverain des deux tiers du royaume salomonien. Le schisme, initialement politique, ne tarda pas prendre une coloration religieuse et fit de l’opposition au sacerdoce hiérosolymite une revendication fondamentale en réclamant le retour aux “ hauts lieux ” sanctifiés par les Patriarches puis en rétablissant le culte dans ces mêmes lieux. Plusieurs rites et pratiques réputés étrangers à la Loi de Moïse avaient été censurés par le clergé du Temple de Jérusalem qui déniait au mont Garizim toute prééminence, autant chronologique qu’honorifique, dont il avait joui avant l’érection de la “ demeure ” dans la ville davidique.
Notons dès à présent que les Samaritains n’ont jamais reconnu comme sacrés que les cinq livres du Pentateuque qui constituent la Torah, la Loi de Moïse, écrits dans lesquels se trouve justement la prohibition des hauts-lieux et de tout lieu de culte autre que le sanctuaire unique de Jérusalem. La divergence première sur les lieux de culte, qui n’a fait que s’aggraver tout au long de l’histoire des deux royaumes, a profondément marqué la foi et la liturgie des Samaritains, au-delà des siècles et des bouleversements historiques.
Dans les années qui suivirent la scission de 931 BCE, le Royaume du nord fut l’objet de pressions toujours plus forte de la part de son puissant voisin Assyrien, soit directement, soit par l’intermédiaire de vassaux syriens ; le territoire fut ravagé à plusieurs reprises par les expéditions de l’armée d’Assur ou de ses alliés jusqu’à l’invasion définitive de 721 BCE où la chute de Samarie et la déportation de l’élite sociale et sacerdotale de la nation dans la région du Haut-Euphrate concrétisèrent la disparition du royaume en tant qu’entité politique. Les quelque deux siècles d’histoire du Royaume de Samarie avaient malheureusement été troublés par des retours périodiques à l’idolâtrie, du fait des souverains, et pourtant, le IXe siècle fut celui de vigoureux prophètes comme Elie et Elisée et le VIIIe devait voir se lever les grandes figures d’Amos et d’Osée.
L’histoire du Royaume de Samarie qui nous est retracée par les Livres des Rois et les Chroniques de la Bible doit cependant être lue avec circonspection car elle fut écrite dans l’optique du Royaume de Juda, rival de Samarie et surtout dans celle des scribes du Temple de Jérusalem, ennemis acharnés de tout autre lieu de culte que le leur ; elle ne nous montre cependant aucune scission autre que politique et si l’arrière plan polémique est indéniable, il n’y est nullement question d’exclusion idéologique ou religieuse. Le petit royaume du sud devait survivre un peu plus d’un siècle à son voisin du nord mais, de par sa position entre deux grands empires, l’Egypte et la Mésopotamie, il était condamné à terme à subir la loi d’un des deux. En 598 BCE, Nabuchodonosor, roi de Babylone, s’emparait de Jérusalem et, en 587, l’élite politique et sacerdotale était à son tour déportée vers le sud de la Babylonie.
Nous rappelons brièvement ces faits, fort connus par ailleurs, pour montrer combien, depuis la scission de 931, le fossé s’était élargi entre les deux populations qui en vinrent à former véritablement deux peuples différents. Les déportations massives de populations qui suivirent quelques tentatives de révoltes du royaume du sud contre le maître babylonien aggravèrent encore cette différence et lorsque les gens de Juda purent revenir chez eux, après 538, ils n’avaient plus grand chose en commun avec les populations de l’ex-Royaume du Nord que l’on continuait à nommer Samaritains et qui avaient d’ailleurs reçu l’apport de colons mésopotamiens, tout en conservant leur foi dans le dieu d’Israël.
L’histoire des judéens retrouvant leur sol nous est connue par les livres d’Esdras et de Néhémie, tout comme la suite de leurs luttes face à la paganisation imposée par les Séleucides nous est connue par les livres des Maccabées, mais pour les populations du nord, leur histoire ne fut écrite que bien des siècles après, avec tout le flou polémique et les incertitudes d’une transmission purement orale. Cette lacune rend impossible, aujourd’hui, la détermination exacte de l’époque à laquelle la séparation politique post exilique entre Judéens et Samaritains devint officiellement une séparation religieuse, une exclusion avec anathème provoquant un schisme. Il est possible que la séparation soit intervenue dès le retour des Judéens (VIe siècle BCE) tout comme elle a pu n’être que progressive pour atteindre un point de non retour seulement au IIe siècle BCE. Quoi qu’il en soit, ce schisme intervint dans une période particulièrement agitée de l’histoire du Proche Orient, soit pendant la domination Perse, soit pendant la domination Séleucide où la lutte idéologique contre le paganisme hellénistique exacerbait les passions et engendrait une intolérance religieuse liée à la survie même de la foi d’Israël. Un document peut être versé à ce difficile dossier ; alors que les Judéens revenus d’exil abandonnaient l’écriture paléo-hébraïque (issue de l’écriture phénicienne) au profit de l’écriture carrée (ou “ araméenne ”) vraisemblablement rapportée de l’exil, les Samaritains conservaient l’ancienne écriture, preuve qu’il y avait au moins d’importantes divergences dès les années qui suivirent le retour de Babylonie.
Par ailleurs, tous les déportés, loin de là, n’étaient pas revenus en Juda, et les Samaritains n’étaient pas tous restés en Samarie. La cohabitation forcée avec d’autres peuples, sémites ou non, la déportation en des pays lointains, avaient doté ces vaincus de la veille d’une aptitude à pratiquer les diverses langues de l’Orient puis du pourtour méditerranéen et sinon un goût, du moins une facilité évidente pour les voyages, ainsi qu’en attestent les nombreuses tablettes commerciales retrouvées en Mésopotamie. Ceux des Judéens qui étaient restés sur les bords de l’Euphrate créèrent de grandes écoles de théologie d’où devait sortir, quelques siècles plus tard, le Talmud de Babylone.
9;Il ne faut pas voir les communautés de cette époque, tant Judéenne que Samaritaine, comme des blocs politiques et doctrinaux solides ; chacune connut un nombre non négligeable de schismes internes et une prolifération de petits mouvements dissidents, tant en Palestine que dans les diverses diasporas. La vie et les problèmes de ces communautés nous sont connues littérairement par Flavius Josèphe, et les découvertes archéologiques ont souvent corroboré ce que l’historien juif du Ier siècle nous laissait entrevoir. De l’Egypte à la Mer-Noire, du cœur de l’Empire Romain à la Mésopotamie, des communautés Juives et Samaritaines avaient essaimé dans tout le monde connu en petites unités qui maintenaient vives leur foi autant que leurs pratiques respectives.
Pendant les quatorze premiers siècles de l’ère chrétienne, l’histoire des Samaritains fut une longue suite de déboires et même de persécutions, tour à tour par l’occupant romain puis byzantin et arabe, avec l’intermède des croisades et du royaume latin qui ne leur fut pas plus clément. Par contre, du XIVau XIXe siècle, les temps furent plus cléments sous la domination ottomane avec cependant une lente assimilation et une chute démographique qui faillirent amener la population samaritaine à sa disparition au début de notre siècle puisqu’elle se réduisait alors à 120 personnes concentrées à Naplouse-Sichem. De nos jours, la petite communauté de 600 âmes qui maintient toujours vivantes les traditions ancestrales a repris confiance malgré le fait qu’elle soit géographiquement divisée entre Naplouse (Palestine, avec l’arabe pour langue) et Holon (Israël, avec l’hébreu pour langue), sans que cela ait quelque influence que ce soit sur le culte puisque les deux communautés ont toujours pu venir au Garizim pour les fêtes. Les familles actuelles veulent se rattacher aux descendants de Lévi, d’Ephraïm et de Manassé.
Ce rapide panorama nous permet de comprendre que, malgré les vicissitudes de l’histoire, il y a une véritable continuité de la tradition samaritaine et que les écrits de ce peuple autant que sa liturgie actuelle constituent, malgré les influences qu’ils ont pu subir au cours des temps, de véritables monuments archéologiques et ethnographiques qui nous aident à mieux comprendre l’histoire du Proche Orient ancien, tout comme cette dernière nous permet de mieux cerner les problèmes propres aux études samaritaines.


En tout premier lieu, il convient de revenir à l’histoire de l’Israël biblique ; c’est une erreur, hélas trop répandue, de considérer que les “ douze tribus ” (furent-elles jamais exactement ce nombre si symbolique ?) descendantes des fils éponymes de Jacob aient jamais été durablement unifiées. Il est certain qu’un certain nombre de clans n’allèrent jamais en Egypte et la Bible nous apprend que, dès l’entrée en Canaan, deux tribus et une demi-tribu restèrent sur la rive gauche pour y faire souche et mener une vie indépendante de la confédération conquérante qui allait s’emparer du pays au-delà du Jourdain. Le s règnes des trois premiers rois, Saül, David et Salomon, sont sans cesse traversés par des révoltes et des soulèvements qui montre bien que l’autorité de tel ou tel clan était subie plus qu’acceptée par les autres composantes du peuple, et l’unité administrative, autant que religieuse fut toujours éphémère, résultant de l’action d’un souverain fort ou de circonstances politiques mais sans avoir véritablement le temps de s’enraciner dans les mentalités.
Les malheurs qui peuplent les livres prophétiques ne pouvaient qu’arriver nécessairement à un pays divisé, morcelé entre des rivalités locales et entouré de puissants voisins et c’est uniquement devant la catastrophe finale, la perte de toute autonomie politique et la destruction des lieux de culte, que les descendants de certaines tribus prirent conscience de la nécessité d’une unité pour survivre, unité qui ne pouvait plus trouver son lieu que dans la foi. Tout le mouvement deutéronomiste procède de cette constatation et peut se caractériser par la proposition : nos pères ont péché, ils ont abandonné l’Alliance, ils en ont été châtiés ; à nous de renouer avec l’Alliance et de rétablir le vrai culte sous peine des même châtiments. La “ réaction ” deutéronomiste peut expliquer, tout au moins partiellement, le fait que les promesses de Gn 12, 7 et 15, 7 étendant la bénédiction à toute la descendance d’Abraham n’aient guère été prises en compte et que les rédacteurs deutéronomiques en aient appliqué la réalité aux seuls judéens revenus ou non de l’exil en Babylonie. Nous trouvons ici une possible explication à l’exclusion religieuse des Samaritains que nous avons déjà évoquée plus haut. il ne convient cependant pas de considérer cette exclusion comme un fait absolu et définitif et, tout au long de l’histoire, on a pu constater des éloignements puis des rapprochements entre les deux communautés ; nous n’en voulons comme exemple que le fait, actuel, de la circoncision : les enfants mâles des Samaritains sont circoncis au huitième jour par un Rabbin circonciseur Juif, sans que cela pose quelque problème que ce soit.
Par ailleurs, comme le Pentateuque ne comporte pas de “ manuel ” organisant le culte et la transmission de la foi, la pratique de prières régulières improvisées devait nécessairement aboutir à une multiplicité d’expressions cultuelles. M. Gaster a très bien expliqué (The Samaritans p. 98-118 de l’éd. française) comment et sur quels points rites et formules de prières divergent entre Juifs et Samaritains. Avant de nous intéresser à ce point, il convient cependant de nous interroger sur la doctrine de chacun puisque, au moment de la séparation, les deux parties disposaient d’un même texte normatif : la Torah. La prédication des Prophètes ne fut incorporée à ce qui allait devenir le canon scripturaire qu’après le retour d’exil et uniquement du côté judéen. Il n’est pas invraisemblable que pour défendre leurs positions respectives, surtout après qu’une rupture religieuse soit clairement apparue, chaque communauté ait “ infléchi ” sa doctrine et corrigé certaines parties de ses textes fondateurs. La question est loin d’être tranchée et la découverte de proximités plus grandes entre certains fragments bibliques retrouvés à Qumrân et le canon scripturaire samaritain ainsi qu’entre ce dernier et certains passages des Septante permet de supposer qu’une tradition originelle a été interprétée lors de la compilation ultime des textes en fonction des choix théologiques et dogmatiques de chaque courant. Des travaux récents sur la Torah juive montrent d’ailleurs que certains écrits anciens divergent du canon actuel. On peut donc avancer sans grand risque que les différences entre la Torah juive et la Torah samaritaine est très ancienne et qu’il ne s’agit en tout cas pas d’une “ distorsion ” du canon hébraïque par les Samaritains mais bien plus d’une tradition autre à partir d’un tronc commun.
Alors que la lignée sadokite des grands prêtres s’était éteinte ou avait été écartée en Israël après le retour d’exil, les Samaritains prétendaient avec fierté que leurs prêtres appartenaient toujours à la descendance du grand prêtre davidique. Cette “ lignée ” s’est éteinte à son tour au XVIIe siècle, et les prêtres actuels qui officient sur le Garizim pour le sacrifice de la Pâque seraient, au mieux, les descendants d’une branche de Lévites. de ce fait, leurs sacrifices sont canoniquement sans valeur si l’on considère le texte biblique. Notons cependant que les Samaritains ont toujours préservé le sacrifice des agneaux pour la Pâque alors que ce rite a été aboli en Israël avec la destruction du second Temple lors de la prise de Jérusalem par les légions de Titus en 70-71 CE. Les grands prêtres samaritains ne sont pas élus mais c’est le plus ancien parmi ceux qui sont revêtus du sacerdoce qui exerce la fonction suprême.
Pour ce qui est de la dogmatique propre aux Samaritains, le Professeur Ben Hayyim a résumé en cinq points la théologie des Samaritains : foi en Dieu, foi en Moïse, foi dans la Torah, foi au mont garizim, foi au Jour de la Vengeance et de la Rétribution. Chacune de ces propositions est appuyée sur un ou plusieurs textes de la Torah (Dt 12, 5 pour le Garizim ; Dt 32, 25 pour la Rétribution). Le Taheb n’est absolument pas comparable au Messie de la pensée juive et doit bien plus être compris comme exerçant un rôle similaire à celui des Prophètes.
Hormis certains faits du début de notre ère où l’on voit des “ envoyés ” parcourir le monde connu pour attirer des “ païens ” à la foi juive, d’ailleurs dans un contexte de crise du judaïsme, et malgré Is 2, on ne peut véritablement parler d’un prosélytisme juif. Il en va de même pour les Samaritains qui se sont toujours soigneusement gardés de quelque activité missionnaire que ce soit et semblent avoir toujours considéré l’appartenance familiale comme essentielle dans l’identité religieuse samaritaine ; la règle de la renonciation à sa propre religion, après une instruction religieuse minutieuse, pour la future épouse étrangère (juive ou chrétienne) d’un Samaritain, qui est encore pratiquée de nos jours semble bien se rattacher aux plus anciennes coutumes des clans sémites occidentaux qui peuplaient Canaan et pour lesquels identité ethnique et identité religieuse formaient un tout indissociable.
Un autre point de divergence, toujours actuel, entre le judaïsme et les Samaritains, réside dans la querelle des calendriers. Le calcul des mois lunaires était parfaitement maîtrisé dans l’antiquité mésopotamienne et les divergences ne viennent pas d’erreurs ou de computs différents mais bien de traditions et d’habitudes religieuses qui ont influé sur l’utilisation des données astronomiques. La complexité du calendrier lunaire samaritain est telle que les rédacteurs de “ A Companion to th Samaritan Studies ” ont dû recourir à un système de 33 catégories de renvois et faire 39 études différentes à son sujet. On pourra consulter également S. Powels-Niami, dans “ The Samaritans ”, Tübingen 1989, p. 259-280.
Les problèmes samaritains ne sont pas uniquement dus aux divergences avec le judaïsme mais tiennent également au fait qu’il y a eu plusieurs scissions et de nombreuses tendances séparatistes à l’intérieur même du mouvement samaritain. Les annales samaritaines se font l’écho de ces schismes mais ne nous renseignent que peu sur leur mécanisme et nous en sommes réduits à les aborder par analogie, ainsi que le fait J. Fossum dans sa contribution à l’ouvrage “ The Samaritans ” (Tübingen 1989, p. 293-316). Alors qu’un pouvoir religieux fortement établi, comme celui de Jérusalem, pouvait tolérer des mouvements hétérodoxes à sa périphérie, les conservant dans sa mouvance et pouvant éventuellement les ramener près du centre, la faiblesse structurelle propre à la religion samaritaine entraîna certainement une exacerbation des problèmes et créa des phénomènes de rejets réciproques, poussant ceux qui contestaient le pouvoir religieux à s’ériger en mouvements indépendants, quitte à se voir morcelés à leur tour par leurs propres dissidents ainsi que ce fut le cas dans nombre de mouvements hérétiques de l’antiquité chrétienne. On doit également prendre en compte la dispersion des communautés par fait d’immigration, tout au long de l’antiquité classique et tardive et du moyen âge.
Ce dernier point est particulièrement important pour comprendre à la fois la diffusion du mouvement samaritain et sa quasi disparition sans doute due au petit nombre de membres de chaque communauté. Depuis juillet 1994, une recherche a été entreprise sur les anciennes migrations israélites et chrétiennes vers l’Asie, avec l’encouragement de l’Unesco, à l’initiative du Prof A.D. Crown et du Prof. Lena Cansdale (Sydney). Une telle recherche concerne nécessairement la diaspora samaritaine. Les travaux de ce groupe de recherches ; baptisé AMICA sont loin d’aboutir, mais ils nous permettent déjà d’entrevoir de possibles traces samaritaines en Médie, dans le Caucase, aux Indes (Bombay), et même, peut être, en Chine.


La littérature samaritaine susceptible d’intéresser l’historien des religions autant que celui des civilisations s’est élaborée au cours des derniers siècles de l’ère ancienne. Au cours du premier millénaire de notre ère, elle a connu une intense période de développement et de nombreux manuscrits ont été copiés et recopiés. Par la suite, la relative paix dont ont joui les communautés samaritaines sous la domination musulmane et particulièrement ottomane a permis non seulement la multiplication des manuscrits mais également la confection d’un important corpus de commentaires des textes anciens.
La majorité des manuscrits qui nous sont parvenus datent cependant de l’époque moderne (Cf. J.P. ROTHSCHILD, dans “ The Samaritans ” p. 775 s.) et, s’ils offrent le grand avantage de nous avoir transmis de œuvres anciennes qui se seraient perdues, ils ne sont pas exempts de fautes de copistes. Il existe heureusement un certain nombre de manuscrits anciens dont le relevé a pu être mené à bien ces dernières années (Cf. J.P. ROTHSCHILD, “ The Samaritans ”, p. 771-794), mais les éditions critiques de ces manuscrits font cruellement défaut. Par exemple, H. SHEHADEH a signalé qu’un commentaire sur la Genèse, d’origine Qaraïte et daté du XIe siècle CE, a été intégré par la suite au Pentateuque Samaritain ; une édition critique comparée des deux textes serait de la plus grande utilité pour les chercheurs.
La littérature d’origine purement samaritaine est encore en grande partie inédite n’a été publiée que sous la forme de copie moderne des manuscrits du siècle dernier, sans aucun appareil critique. La plupart des éditions du XIXe siècle ont été faites à partir d’un seul manuscrit. On se doit de reconnaître que le tri et le classement par origine des manuscrits samaritains est rendu extrêmement difficile par le fait même de l’histoire de ce peuple et les persécutions subies qui ont amené des dispersions puis des regroupements de textes dont nous n’avons aucune trace historique. Heureusement, chaque manuscrit présente, presque toujours, des particularités linguistiques, grammaticales ou de vocabulaire permettant de le rattacher à son milieu ; les influences les plus faciles à déceler sont évidemment celles de l’araméen ou de l’arabe. Toute édition critique nécessite donc, de la part de son auteur, non seulement une bonne connaissance de certaines langues du Proche Orient ancien et médiéval, mais également de l’histoire de ces langues. Il faudra encore vingt à trente années d’un travail lent et ingrat à des philologues formés à la critique littéraire et à l’écdotique pour pouvoir disposer d’un corpus critique de la littérature samaritaine. L’un des principaux écueils, qui n’a pas toujours été évité quant à présent, est de proposer comme leçon préférable la forme la plus satisfaisante pour le grammairien mais qui n’est qu’une reconstitutions “ moyenne ” à partir des divers manuscrits et qui n’est attestée formellement par aucun d’entre eux.


Nous venons de voir les problèmes qui se posent à l’historien en face de la transmission et de la restitution du patrimoine cultuel et culturel du peuple Samaritain. N’oublions cependant pas que ce peuple est toujours vivant et continue d’attester sa tradition et sa foi et c’est là une grande chance pour le chercheur qui peut obtenir, à la source même, l’explicitation de tel ou tel point qui lui demeurerait abstrus sans cela, comme cela arrive dans les cas de civilisations disparues ou de cultures éteintes.
Les études samaritaines, qui sont une part importante de la recherche historique et archéologique du Proche Orient ancien et médiéval, ne sont pas uniquement le fait d’universitaires venus de divers pays, mais intéressent le peuple Samaritain lui-même et nous n’en voulons comme preuve que le bulletin Aleph-Beyth, édité par deux membres Samaritains de la SES, MM. Binyamim Tsedaka et Japhet Tsedaka, qui, deux fois par mois, donne non seulement des nouvelles des communautés de Sichem-Nablus et de Holon mais publie également des textes anciens en hébreu, en araméen ou en arabe et des articles de chercheurs.
L’ancien royaume de Samarie vit toujours au travers de quelques centaines de personnes qui se réclament d’une tradition presque trois fois millénaire ; il est heureux de constater, en cette fin de siècle, que les études samaritaines ne sont plus considérées comme une partie marginale des études bibliques mais bien comme un domaine particulier des sciences de l’Orient ancien que nous espérons avoir fait connaître par ces quelques pages.


                   Les Samaritains, petite communauté aux origines assez floues

                                                                                                    Loïc Le Méhauté



Il y a quelques années, avant la deuxième Intifada, je me suis rendu au cœur de la Samarie, au mont Garizim, avec un groupe de touristes français pour assister à la préparation de la Pâque des Samaritains, qui immolent un agneau par famille selon les ordonnances du livre de l’Exode (Ex. 12).

Afin de se rendre dans les montagnes d’Ephraïm l’agence de tourisme nous avait affecté un bus aux vitres blindées et nous étions précédés et suivis de deux jeeps de Tsahal. La section du trajet la plus critique était du carrefour Tapouah au sommet du mont Garizim, nous quittions la route de contournement.

La communauté samaritaine est perchée sur la montagne escarpée du Garizim (Jebel al-Tur en arabe, 881m), qu’elle considère sacrée, car là, Josué, suivant les instructions reçues par Moïse, prononça les bénédictions, tandis que sur la montagne d’en face, au mont Ébal (940m), il offrit des holocaustes et des sacrifices d’actions de grâces et prononça devant les tribus d’Israël les malédictions (Dt. 11. 29 ; Jos. 8. 33-35). Les tribus divisées en deux camps se tenaient sur les versants des monts.

Dans l’étroit défilé aux pieds de ces deux montagnes s’étend aujourd’hui la ville de Naplouse et les ruines de l’ancienne cité biblique de Sichem (Tell Balata). L’accès à la communauté samaritaine de Kyriat Luzza peut se faire soit en traversant Naplouse, soit par une nouvelle route qui passe près de l’implantation Braha atteignant le mont par le sud. Sur ce versant les vestiges d’un temple cananéen (1700-1500 av. J.-C.) attestent la présence d’un culte païen, un des hauts lieux du pays de Canaan.

Nous sommes arrivés au village samaritain en fin de matinée, l’agitation et l’effervescence des préparatifs de la fête allaient bon train. Les familles montaient chacune avec un agneau pour le sacrifice. Des fours creusés dans le sol étaient remplis de bois pour la cuisson des animaux. En attendant l’heure des sacrifices, les prêtres inspectaient les agneaux tandis que les enfants s’amusaient, certains même, avec les animaux. Plus tard dans l’après-midi les prêtres se mirent à chanter les prières en formant un cercle et les chefs de famille munis d’un couteau très effilé et tenant leur agneau se rassemblèrent le long d’une tranchée qui allait recueillir le sang des animaux sacrifiés qui coulera jusqu’à l’autel. Impassibles, ces hommes égorgèrent leur mouton qui docilement n’avait opposé aucune résistance. Dépecés, les agneaux furent embrochés sur de grandes perches placées sur les braises des fours. La graisse déposée sur une grille fut consumée par le feu de l’autel (Lv.3. 7-11).

Tandis que la viande cuisait lentement, il nous a fallu rentrer à l’hôtel car le jour déclinait et notre Pâque nous y attendait.

Plusieurs théories sur leurs origines

Après une brève période d’unité, sous les royaumes de Saül, David et Salomon, un schisme politique et religieux vit la création de deux royaumes (931 av. J.-C.) souvent ennemis. Juda au sud : unissant les tribus de Siméon, de Juda et une grande partie de Benjamin, avait pour capitale Jérusalem. Israël au nord : dont Samarie devint la ville royale sous Omri (IXe s. av. J.-C.), était composé des 10 autres tribus. Jéroboam l’Ephraïmite, premier roi d’Israël, établit, outre les hauts lieux, deux centres cultuels aux extrémités de son royaume : l’un à Dan (nord) et l’autre à Béthel (sud), proche de Jérusalem, et y érigea deux veaux d’or. Il institua aussi une sacrificature d’Israélites n’appartenant pas aux Lévites et changea la date des célébrations religieuses (1R. 12). Cette abomination de Jéroboam conduisit le Royaume du Nord à l’idolâtrie. Elle fut, d’après les livres bibliques, la cause de la prise de Samarie par Sargon II, roi d’Assyrie, qui déplaça une partie de la population en 722/21 av. J.-C. Dans les chroniques assyriennes de Sargon II un texte relate ceci : « J’ai assiégé la ville de Samarie et emmené 27 280 de ses habitants captifs. Je leur ai pris 50 chars, mais leur ai laissé le reste de leurs affaires. » Dix ans auparavant Téglath-Phalasar III avait déporté des milliers d’habitants du Royaume du Nord. Malgré ces deux déportations de nombreuses personnes restèrent en Israël.

La première mention biblique des Samaritains se trouve dans le récit de la déportation des 10 tribus d’Israël : « [...] Le roi d’Assyrie prit Samarie et emmena Israël captif en Assyrie. Il les fit habiter à Chalach, et sur le Chabor, fleuve de Gozan, et dans les villes des Mèdes. [...] Le roi d’Assyrie fit venir des gens de Babylone, de Cutha, d’Avva, de Hamath et de Sepharvaim et les établit dans les villes de Samarie à la place des enfants d’Israël [...] ils ne craignaient pas l’Éternel, et l’Éternel envoya contre eux des lions qui les tuaient. [...] Le roi d’Assyrie donna cet ordre : Faites-y aller l’un des prêtres que vous avez emmenés de là en captivité ; qu’il parte pour s’y établir, et qu’il leur enseigne la manière de servir le dieu du pays. [...] Mais les nations firent chacune leurs dieux dans les villes qu’elles habitaient et les placèrent dans les maisons des hauts lieux bâties par les Samaritains. [...] » (2 R. 17. 6-29). Ces colons venus des provinces assyriennes, entre autres de Kouta, tout en adorant le Dieu d’Israël, gardèrent leurs coutumes et leurs pratiques païennes. C’est à Béthel que le prêtre israélite enseignait aux colons la crainte du Dieu d’Israël.

Qui sont ces Samaritains mentionnés dans ce texte biblique ? Sont-ils les autochtones hébreux du Royaume d’Israël, rescapés de la destruction de Sargon ? Ou bien toute cette population mixte : les autochtones des tribus d’Israël et les nouveaux colons ? Un syncrétisme religieux s’établit rapidement bien qu’une partie des autochtones continua de participer au culte de Jérusalem.

Le règne d’Ézéchias fut marqué par un temps de réformes religieuses quand le roi ordonna de purifier le Temple et de célébrer la Pâque. Des courriers furent envoyés de Jérusalem, dans Juda et Israël, afin d’inciter les tribus à revenir à Dieu : « Ézéchias envoya des messagers dans tout Israël et Juda, et il écrivit des lettres à Ephraïm et à Manassé, pour qu’ils vinssent à la maison de l’Éternel célébrer la Pâque en l’honneur de l’Éternel, le Dieu d’Israël » (2 Ch. 30. 1). Si certains se moquèrent, d’autres montèrent à Jérusalem pour les festivités religieuses ! Puis s’en retournant, ils purifièrent le pays de l’idolâtrie : « Lorsque tout cela fut terminé, tous ceux d’Israël qui étaient présents partirent pour les villes de Juda, et ils brisèrent les statues, abattirent les idoles, et renversèrent les hauts lieux et les autels dans tout Juda et Benjamin et dans Ephraïm et Manassé [...] » (2 Ch. 31. 1). Des étrangers vivant en Israël et Juda se joignirent aux tribus d’Israël pour ces festivités religieuses.

Sous le roi Josias tout le pays connut une autre réforme religieuse : « [...] C’est ainsi qu’il purifia Juda et Jérusalem. Dans les villes de Manassé, d’Ephraïm, de Siméon, et même de Nephtali, partout au milieu de leurs ruines il renversa les autels [...]. » (2 Ch. 34. 5, 6). Le roi renversa l’autel de Béthel et détruisit le haut lieu de Jéroboam. Il obligea même tous ceux qui se trouvaient en Israël de servir Dieu !
Après la destruction du premier Temple, des habitants de Sichem, de Silo et de Samarie furent assassinés à Mitspa sur leur route vers Jérusalem, où ils se rendaient pour offrir des sacrifices.

Au retour des captifs du Royaume de Juda sous le commandement de Zorobabel ( v. 538 av. J.-C.), le peuple de Juda et de Jérusalem (Judéens) entreprit la reconstruction du Temple. Les habitants du pays (i.e. tribus du Nord et colons assyriens) désirèrent se joindre à eux prétendant que : « comme vous, nous invoquons votre Dieu, et nous lui offrons des sacrifices depuis le temps d’Esar-Haddon, roi d’Assyrie, qui nous à fait monter ici. » (Esd. 4. 2). Essuyant un refus de la part de Zorobabel, ils tentèrent de décourager les Judéens et écrivirent contre eux des accusations qu’ils envoyèrent aux rois de Perse.

Plus tard, lorsque Néhémie, gouverneur de Judée, commença les travaux sur les murailles de Jérusalem (V. 444 av. J.-C.), il rencontra l’opposition des chefs des peuples d’alentour dont Sanballat le Horonite (gouverneur de Samarie), associé à Tobija l’Ammonite et Guéschem l’Arabe. C’est en vain que cette coalition s’efforça d’empêcher le relèvement de la capitale de Judée. Néhémie, condamnant les mariages mixtes, renvoya les femmes étrangères et chassa même de Jérusalem le gendre de Sanballat, fils du Grand Prêtre Jojadia. D’après Flavius Josèphe ce personnage s’appelait Manassé. Il aurait été le Grand Prêtre du sanctuaire schismatique construit par Sanballat sur le mont Garizim et, des Juifs, sanctionnés par les mesures de Néhémie, prirent l’habitude de s’y rendre (Ant. XI. 7. 2 ; 8. 7). Peu probable pensent les historiens. Cependant on situe la création de ce temple entre la fin de l’époque perse et le début de la période hellénistique (IVe s. av. J.-C.). Ce fut la scission religieuse entre les communautés judéenne et samaritaine.

Ce temple, profané au temps des persécutions d’Antiochos IV Épiphane (175-163 av. J.-C.), fut dédié à Zeus Hospitalier « comme le demandaient les habitants du lieu » (2 Mac. 6. 2). Jean Hyrcan, Grand Prêtre et prince des Juifs (134-104 av. J.-C.) s’attaquant aux Samaritains, associés aux Séleucides, s’empara de Sichem et rasa leur temple du Garizim en 128 av. J.-C. La femme samaritaine y fait allusion dans sa réponse à Jésus au cours de leur entretien au puits de Jacob : « Nos pères ont adoré sur cette montagne ; et vous dites, vous, que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem [...]. » (Jn. 4. 20, 21 ; voir Ant. XII. 1). La dynastie des Asmonéens (sacrificateurs-rois), en interrompant la lignée sacerdotale des descendants de Tsadok, issus d’Aaron, accentua l’antagonisme entre les deux communautés.
Les Samaritains n’ont pas bonne presse dans le livre du Siracide (Ben Sira) : « Il y a deux nations que mon âme déteste et la troisième n’est pas une nation : ceux qui sont établis dans la montagne de Séïr, les Philistins et le peuple fou qui habite à Sichem. » (Si. 50. 25, 26).

Flavius Josèphe (Ant. IX. 148) et la littérature rabbinique les nomment Koutéens. Le Talmud (traité Koutim) les considère comme descendants des diverses tribus non-juives converties au judaïsme. Ce traité, consacré aux lois qui régissent les rapports entre Juifs et Samaritains, fait remarquer les ressemblances et les divergences des deux communautés. Sur de nombreux points les Samaritains sont proches des Juifs. Et le Talmud de rajouter : « Quand pourront-ils être reçus dans la communauté juive ? Quand ils auront renoncé au mont Garizim et reconnu Jérusalem et la résurrection des morts » (traité Koutim 17). Le rabbi Simon ben Gamaliel fait observer que « les Samaritains sont plus observants que les Juifs » (traité Houllin 4a).

Le Nouveau Testament nous donne quelques aperçus sur les relations entre les Juifs et les Samaritains. Tout d’abord il n’y avait pas de relations politiques, religieuses ou économiques entre les deux peuples presque ennemis : « Comment toi, qui est Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? - Les Juifs, en effet, n’ont pas de relations avec les Samaritains » (Jn. 4. 9). Il y avait une inimitié réciproque entre les deux peuples. Le nom de Samaritain était même utilisé péjorativement, comme une insulte : « Les Juifs lui répondirent : N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain, et que tu as un démon ? » (Jn. 8. 48). Se rendant à Jérusalem pour la Pâque juive, Jésus se vit refuser l’hospitalité des Samaritains : « Il envoya devant lui des messagers, qui se mirent en route et entrèrent dans un bourg des Samaritains, pour lui préparer un logement. Mais on ne le reçut pas, parce qu’il se dirigeait sur Jérusalem. » (Lu. 9. 52, 53). Cependant, Jésus, dans la parabole du bon Samaritain, adressée à un docteur de la Loi qui pour se justifier demande « qui est mon prochain ? », lui donne l’exemple d’un Samaritain qui panse les blessures d’un homme attaqué par des brigands et pourvoit à ses soins. Le prochain, que Dieu demande d’aimer, est peut-être aussi le Samaritain ! (Lu. 10. 25-37). Sur les dix aveugles guéris par Jésus, seul le Samaritain revint sur ses pas glorifiant Dieu. Jésus, surpris, s’exclama : « Ne s’est-il trouvé que cet étranger pour revenir et donner gloire à Dieu ? » (Lu. 17. 18). Quand Jésus envoya ses disciples prêcher la venue du Royaume de Dieu il leur recommanda vivement de n’aller ni chez les païens ni chez les Samaritains, mais plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël (Mt. 10. 1-15). Avant son ascension, Jésus leur enjoignit cependant d’être « mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac. 1. 8).

Jésus, répondant à la Samaritaine, met un point final à la dispute Juifs/Samaritains sur la suprématie de la religion : « Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. » (Jn. 4. 21, 22)

Malgré l’animosité religieuse entre les deux communautés elles se battirent ensemble contre l’envahisseur lors de la Première Guerre juive contre les Romains. Les Samaritains auraient cependant soutenu les Romains au cours de la révolte de Bar Kochba (132-135) contre l’empereur Hadrien. Une haine croissante entre les deux communautés religieuses conduisit à l’excommunication des Samaritains accusés d’interférer dans la célébration des fêtes juives.

Á l’époque byzantine de nombreux décrets impériaux sont cause d’oppression et d’interdits à l’encontre des Samaritains qui se voient même interdits de culte et de lieu saint ! Leur temple fut une nouvelle fois détruit en 486 apr. J.-C.. Sous l’empereur Justinien ils perdirent leur autonomie.

En 636, après la défaite de l’Empire byzantin par les forces musulmane sous l’autorité du calife Omar ibn al-Khattab à la rivière Yarmouk, les Samaritains subirent de nombreuses vexations et souffrirent sous la domination musulmane n’étant pas considérés comme le « peuple du Livre » : l’exil ou la conversion forcée leur étaient proposés. Des groupes trouvèrent refuge au Caire, à Gaza ou à Damas...
S’ils connurent une certaine accalmie sous les Mamelouks d’Égypte les persécutions reprirent sous l’autorité des Ottomans. Grâce à l’intervention du Grand Rabbin de Jérusalem en 1841, qui affirma leur appartenance au « peuple du Livre », ils échappèrent à l’extermination. Á la deuxième moitié du XIXe siècle le nombre d’âmes s’élevait à 122 seulement !
De plus d’un million de membres à l’époque romaine, la communauté persécutée et dispersée, presque annihilée aux XIXe-XXe siècles, comporte aujourd’hui une population, de près de 650 personnes, répartie dans les deux centres de Holon (Israël) et de Samarie (Territoires) !

Quant à eux, les Samaritains, ils se considèrent comme Bené Israël (Israélites) ou Chomerim (ceux qui observent la Loi). L’appellation Samaritains, ou Shomronim en hébreu, proviendrait de l’éponyme « Shemer » nom de la capitale du Royaume du Nord qui signifie « monter la garde ». Certains auraient adopté récemment le nom de « Israélites Samaritains ».

Les Samaritains prétendent que tout Israël était unifié sous le règne du grand-prêtre Uzzi de la lignée d’Aaron. Á cette époque le faux Grand Prêtre Éli usurpa la sacrificature d’Uzzi et déplaça le centre religieux de Sichem à Silo. Depuis ce temps, les Samaritains certifient avoir maintenu une chaîne ininterrompue de Grands Prêtres et, bien qu’ils soient une minorité, ils se considèrent le « vrai Israël », non souillé par le paganisme ambiant des royaumes d’Israël et de Juda !

Ils se disent descendant des fils de Joseph, Ephraïm et Manassé, et leurs prêtres de Pinhas, fils d’Eléazar, fils d’Aaron de la tribu de Lévi (Ex. 6. 23-25). Dans leurs Chroniques (Sefer ha-Yamim) les Samaritains affirment que les Juifs se sont séparés d’eux quand l’Arche fut transférée à Jérusalem au Xe siècle avant notre ère.

Comme on peut le voir les origines des Samaritains sont assez floues et incertaines. Les sources juives les considèrent descendants des colons assyriens, alors qu’eux-mêmes se disent les vrais fils de Joseph et de Lévi. Des historiens pensent que les Samaritains étaient pour une grande partie les habitants du royaume de Samarie (Israël) restés sur place à la déportation de Sargon II.

Pour tenter d’approfondir les connaissances sur les origines des Samaritains, la génétique a été sollicitée. Les auteurs d’une étude très complexe sur les chromosomes des Samaritains (Shen et al., 2004), sont en faveur d’une approche mixte entre remplacement et continuité : « Nous supposons que les caractéristiques génétiques samaritaines présentent un sous-groupe de prêtres juifs d’origine (les Cohanim) qui n’est pas parti en exil quand les Assyriens ont conquis le Royaume du Nord [...], mais qui ont épousés des Assyriennes et des femmes exilées réinstallées à partir d’autres terres conquises. [...] » (SHEN ET AL 2004. pdf)
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