AVERTISSEMENT

Amis lecteurs
Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

Les Juifs de Pologne

        Dans le ghetto de Varsovie



Du refuge au piège
Les juifs en Pologne

La Pologne a été, pendant plusieurs siècles, l’un des pays les plus tolérants d’Europe. D’importantes communautés juives s’y sont développées, contribuant à l’enrichissement de leur culture et de leur religion.
Mais cette longue histoire des juifs en Pologne a aussi été marquée par des périodes de persécution, qui se
sont perpétuées jusqu’après la seconde Guerre mondiale.

CHRONOLOGIE


1264 : La Charte de Kalisz accorde, pour la première fois, sécurité et liberté de culte aux juifs de Pologne.

1343 : Persécutés en Europe occidentale, les juifs sont invités en Pologne par le roi Casimir III.
Après l'expulsion massive des juifs d'Europe de l’Ouest (Angleterre, France, Allemagne et Espagne), ils trouvent un refuge sur les terres de la République des Deux Nations. Sous la dynastie jagellone, la Pologne devient le territoire de la plus grande communauté juive d'Europe.

1772-1795 : Partition de la Pologne entre la Russie, la Prusse et l'Autriche. Les privilèges des communautés juives sont révoqués.

1881-1884, 1903-1906 : Deux vagues de pogroms frappent les juifs de Pologne, sous domination russe. A la fin des années 1920, 2 millions de juifs ont quitté la région.

1930 : 3 500 000 juifs vivent en Pologne, soit 11 % de la population. Le pays est alors le deuxième
foyer juif au monde, après les Etats-Unis.

1939 : Les armées nazie et soviétique se partagent le territoire polonais, en vertu du pacte Ribbentrop-Molotov. La moitié des 6 millions de Polonais morts pendant la guerre sont des juifs.

1940 : L’occupant allemand crée le ghetto de Varsovie. A partir de juillet 1942, ses occupants
sont déportés au camp de Treblinka jusqu’à liquidation du ghetto.

1942 : La résistance polonaise fonde egota, commission d’aide aux juifs. Ce réseau clandestin a sauvé environ 100 000 juifs. Après guerre, ses anciens membres ont été persécutés par les services de sécurité communistes.

1943 : Insurrection, en avril, du ghetto de Varsovie.

1946 : Pogrom de Kielce. Environ 200 survivants juifs étaient revenus dans cette petite ville après la guerre. A la suite d'une machination antisémite, ils sont pris pour cible par les forces de l’ordre et la population. 37 juifs sont assassinés, 80 blessés.

1948 : Près de 200 000 survivants de l'Holocauste quittent la Pologne pour Israël et les Etats-Unis.

De 1989 à aujourd'hui : Plusieurs communautés juives se réimplantent en Pologne, en particulier à Varsovie,
akadem




                                          Les Juives bienvenues en Pologne 1096, par Jan Matejko


Le roi Boleslav de Pologne invita les Juifs, en leur accordant des droits et des privilèges sans précédent.
La période que nous allons examiner maintenant est connue sous le nom de « Renaissance », et les historiens la situent généralement entre 1350 et 1650 environ. De quelle sorte de « renaissance » s’agit-il ? D’une renaissance de la connaissance.
Nous avons maintenant quitté le Moyen-Age, dominé par les politiques répressives de l’Eglise à Rome, et nous abordons une période associée à l’expression individuelle et l’expérience profane, ainsi qu’à de nombreuses réalisations en érudition, en littérature, en sciences, et dans les arts.
Pendant la Renaissance, nous verrons émerger en France et en Angleterre des rois puissants, tandis que le pouvoir de l’Eglise commencera de diminuer. Les personnalités célèbres de cette période sont Michel-Ange, Léonard de Vinci, Shakespeare, Machiavel, Pétrarque, Rabelais, Descartes, Copernic, pour ne nommer que ceux-là.
C’est aussi l’époque où les Juifs commencent à s’installer en Pologne. Nous avons tendance aujourd’hui, lorsque nous pensons à la vie juive dans ce pays, à la croire confinée au shtetl, mais cela ne sera le cas qu’à partir du XVIIIème siècle. Nous avons également tendance à penser à la Pologne comme à un synonyme d’antisémitisme, de pogroms, etc. Mais à l’époque de la Renaissance l’image était tout à fait différente.

Les endroits où les Juifs ont été le mieux accueillis sont presque toujours devenus ceux où ils ont le plus souffert.
Il nous faut bien garder présent à l’esprit, au moment de commencer l’histoire des Juifs de Pologne, le modèle historique que nous avons vu constamment se vérifier dans l’épopée juive. Les endroits où les Juifs ont été le mieux accueillis sont presque toujours devenus ceux où ils ont le plus souffert. On aurait pu s’attendre à ce qu’il y ait des endroits prédestinés à être bons pour les Juifs et d’autres où ils auraient la vie dure. Cela n’a pas été le cas.
Le meilleur et le pire tendent à arriver dans les mêmes pays. Nous venons de le voir en Espagne, nous allons le constater maintenant en Pologne, nous le vérifierons plus tard en Allemagne. C’est une des grandes constantes de l’histoire juive depuis que les Juifs ont été invités en Egypte et qu’on les y a asservis.
Dans quelles circonstances les Juifs sont-ils venus en Pologne ?


UNE INVITATION POLONAISE


Le christianisme s’est implanté très tard en Pologne, seulement au début du XIème siècle, et ce n’est qu’alors que ce pays a rejoint la communauté européenne des nations, si l’on peut dire. Il lui a fallu ensuite quelque cent ans avant de devenir un Etat national doté d’un fort potentiel de développement.
De quoi a-t-on besoin pour développer un pays économiquement et culturellement ?
On a besoin de Juifs.
Pourquoi les Juifs étaient-ils si nécessaires ? D’abord, parce qu’ils savaient lire et écrire. Les Juifs ont toujours été hautement éduqués, autant qu’ils devaient l’être pour lire la Tora et obéir à ses lois, et l’instruction générale allait avec le reste. Ensuite, ils étaient d’excellents banquiers, des comptables expérimentés, et des administrateurs qui savaient préserver la santé de l’économie.
C’est ainsi qu’en 1264, le roi Boleslav de Pologne concéda une charte invitant les Juifs. C’était un document étonnant, accordant aux Juifs des droits et des privilèges sans précédent. Par exemple, il énonçait que :
 Le témoignage d’un seul Chrétien ne sera pas admis dans une affaire qui concerne l’argent ou la propriété d’un Juif. Dans chaque cas de ce genre il devra y avoir le témoignage à la fois d’un Chrétien et d’un Juif. Si un Chrétien blesse un Juif de quelque manière, l’accusé payera une amende au Trésor royal.
– Si un Chrétien profane ou rend impur de quelque manière un cimetière juif, Nous voulons qu’il soit puni sévèrement comme exigé par la loi.
– Si un Chrétien attaque un Juif, le Chrétien sera puni comme stipulé par les lois de ce pays. Nous interdisons absolument à n’importe qui d’accuser les Juifs placés sous Notre juridiction d’utiliser le sang d’êtres humains.
– Nous affirmons que si un Juif appelle au secours dans la nuit par suite de violences qui lui ont été faites, et si ses voisins chrétiens ne répondent pas à ses appels et ne procurent pas l’aide nécessaire, ils seront condamnés à une amende.
– Nous affirmons aussi que les Juifs sont libres d’acheter et de vendre tous objets exactement comme les Chrétiens, et que si quelqu’un les en empêche, il payera une amende.

C’était là un document prodigieux. On faisait appel aux Juifs, auparavant, comme prêteurs d’argent (étant exclus d’autres professions), de sorte que, quand un évêque ou un gentilhomme voulait voir sa dette annulée, il formulait contre eux une accusation de « crime rituel » et les faisait expulser ou massacrer. Ici, le roi Boleslav a eu le courage de promettre aux Juifs que cela n’arriverait pas en Pologne.
Les Juifs n’ont pas immédiatement afflué en Pologne, quoique certains s’y soient installés pour y « prendre la température ». Mais quand d’autres pays ont commencé d’expulser les Juifs, comme l’Angleterre au XIIIème siècle, puis l’Italie et le Portugal au XVème (comme nous l’avons vu aux chapitres 46 et 48), la Pologne est devenue un lieu de destination attrayant.
En 1569, la Pologne a fusionné avec la Lithuanie, ce qui lui a permis de s’étendre vers l’est. Ce que l’on appelle aujourd’hui l’Ukraine et une partie de la Biélorussie sont devenues des terres vassales de la Pologne qui était encore un pays semi-féodal. Ces pays avaient besoin d’être administrés, de sorte que des postes de gestionnaires – domaine où les Juifs excellaient – ont été offerts un peu partout.
Un autre roi de Pologne, Sigismond II Auguste, a lancé une autre invitation. Voici un passage de son édit, accordant aux Juifs la permission d’ouvrir une yechiva à Lublin, daté du 23 août 1567 :
A la suite des efforts de nos conseillers et pour faire droit à la requête des Juifs de Lublin, Nous accordons par la présente la permission de construire une yechiva et d’équiper ladite yechiva de tout ce qui est nécessaire à des études avancées. Tous les hommes savants et rabbins de Lublin se réuniront pour choisir en leur sein celui qui exercera les fonctions de directeur de la yechiva. Puisse leur choix se porter sur un homme qui honorera la Tora et contribuera à sa gloire !

L’ÂGE D’OR DU JUDAÏSME POLONAIS


En Pologne, les Juifs ont eu la permission d’avoir leur propre assemblée gouvernementale, appelée le Va‘ad arba’ aratsoth, composée de divers rabbins qui administraient les affaires des Juifs en Europe de l’est. Les Polonais n’interféraient pas avec la vie juive et l’érudition prospérait.
Citons les noms de quelques personnalités importantes de cette époque, qu’un étudiant en histoire juive doit absolument conserver en mémoire :
– Rabbi Moché Isserles (1525-1572), de Cracovie, également connu comme le Rema. Après que le rabbin séfarade Yossef Karo eut écrit le Choul‘han ‘aroukh, le code de la Loi juive, Rabbi Isserles l’annota en y enregistrant les décisions rabbiniques d’Europe de l’est. Son commentaire a été, et continue d’être, d’une extrême importance dans la vie juive de tous les jours.
– Rabbi Ya‘aqov Pollack (1455-1530), de Cracovie. Il a ouvert la première yechiva en Pologne et fut nommé par la suite grand rabbin de ce pays. Il développa une méthode d’étude du Talmud appelée pilpoul, signifiant « affinage des distinctions ». C’était un type de raisonnement dialectique qui est devenu très populaire, par lequel des faits ou des idées opposées sont systématiquement soupesées afin de résoudre leurs contradictions, apparentes ou réelles.
– Rabbi Yehouda Loewe (1526-1609), sans être d’origine polonaise, a représenté une figure de premier plan dans le judaïsme d’Europe de l’est. Mieux connu sous le nom de Maharal de Prague, il a été un des grands érudits mystiques de son temps. On lui attribue la création du golem, une créature vivante dépourvue d’âme.

UNE POPULATION EN PLEIN ESSOR


Avec la croissance dans l’érudition en Tora est venue l’augmentation de la population. En 1500, il y avait en Pologne environ 50 000 Juifs. En 1650, ils étaient devenus 500 000. Cela signifie que vers le milieu du XVIIème siècle, près de 30 % de la population juive mondiale vivaient en Pologne !
Où ces Juifs se sont-ils installés à l’intérieur de la Pologne ?
Comme il était souvent interdit aux Juifs, partout où ils vivaient, de posséder des terres, ils habitaient généralement dans les villes. Cependant, ils ont créé leurs propres communautés rurales que l’on a appelées des shtetls. Il est vrai que nous avons tendance, aujourd’hui, à penser au shtetl comme à une structure agricole proche de la misère (comme dans Le violon sur le toit). Cependant, pendant l’âge d’or du judaïsme polonais, beaucoup de ces communautés ont été relativement prospères. Et il y en a eu des milliers.
Les Juifs qui vivaient dans ces communautés indépendantes parlaient leur langue propre appelée le yiddish.
Les Juifs qui vivaient dans ces communautés indépendantes parlaient leur langue propre appelée le yiddish. Ce dialecte, qui s’écrivait en lettres hébraïques, consistait en un mélange d’hébreu, de slavon et d’allemand. (A noter qu’il a connu une évolution constante et que le yiddish « moderne » ne ressemble pas au « vieux » yiddish apparu au XIIIème siècle.)
D’une manière générale, les Juifs étaient prospères, mais il n’était pas toujours de tout repos de côtoyer les Chrétiens polonais ou ukrainiens, pour qui les Juifs étaient les assassins de Jésus.
A plusieurs reprises, les Chrétiens se sont soulevés contre les Juifs. Par exemple, en 1399 à Poznan, un rabbin et treize Anciens, accusés d’avoir volé des biens de l’Eglise, ont été torturés et brûlés sur le bûcher. (Les Polonais avaient probablement oublié l’édit du roi…)
Une autre source de conflits a surgi du fait que des Juifs travaillaient comme administrateurs et percepteurs d’impôts pour le compte de seigneurs féodaux polonais. Cela les rendait très impopulaires auprès du bas peuple, qui n’avait pas besoin d’y être fortement encouragé pour déchaîner sa hargne antisémite.
Cela était surtout vrai dans des régions comme l’Ukraine, où les Polonais, de religion catholique, étaient considérés comme une autorité occupante dans un pays d’obédience orthodoxe. Il était donc facile de s’en prendre aux Juifs, considérés comme les représentants des envahisseurs.
Retenons également que si la noblesse polonaise avait besoin des Juifs, ce n’était pas le cas chez les gens du peuple. On a donc souvent vu des soldats polonais quitter délibérément une ville, abandonnant les Juifs à la merci des Ukrainiens. Cela est arrivé, par exemple, en 1648 dans la ville de Tulchin. Les soldats polonais ont pactisé avec les Cosaques et sont sortis de l’agglomération. Les Juifs ont défendu eux-mêmes la ville jusqu’à ce qu’elle tombe aux mains de l’ennemi, et ils ont tous été massacrés.


LES POGROMS


Quand les Ukrainiens ont décidé de chasser les Polonais hors de leur pays, des massacres de Juifs ont commencé sur une grande échelle.
En 1635 a eu lieu en Ukraine la première grande explosion de violence contre les Polonais et les Juifs. Mais cette tentative de soulèvement fut écrasée, pour reprendre avec un surcroît de vigueur treize ans plus tard.
Cette deuxième révolte, en 1648, qui a réussi à libérer l’Ukraine de la domination polonaise, était conduite par un Cosaque ukrainien nommé Bogdan Chmielnicki. Dans une large mesure elle était dirigée contre les Juifs.
Chmielnicki a été l’un du plus grands antisémites de l’histoire de l’humanité, à égalité avec Hitler.
Chmielnicki a été l’un du plus grands antisémites de l’histoire de l’humanité, à égalité avec Hitler. Son objectif était de réaliser un génocide, et ses troupes ont massacré un nombre de Juifs estimé à 100 000 et ce, dans les conditions les plus affreuses :
En voici une description (de Nathan Nata HANNOVER, Yevèn Metsoula [« Le bourbier infernal »], p. 31-32) :
Chez certains d’entre eux, on arracha leurs peaux et on lança leur chair aux chiens. Chez d’autres, on coupa leurs mains et leurs pieds et leurs corps ont été jetés sur les routes où des charrettes leur sont passées dessus et où des chevaux les ont piétinés… Beaucoup ont été enterrés vivants. Les nourrissons étaient massacrés aux mamelles de leur mère, et un grand nombre d’enfants ont été dépecés comme des poissons. Ils ont éventré les femmes enceintes, arrachant leurs futurs enfants et les leur lançant au visage. Ils ouvraient les ventres de certains et les laissaient en vie après y avoir placé un chat, mais ils leur coupaient les mains afin qu’ils ne puissent pas se débarrasser de l’animal… et il n’y a jamais eu une mort anormale dans le monde qu’ils ne leur aient pas infligée.
Voici un autre récit, écrit par un rabbin lithuanien, Chabbetaï ben Méir ha-Kohen (1621-1662), connu aussi comme le Chakh, qui a survécu à cette époque :
Le même jour 1 500 personnes ont été tuées dans la ville de Human, en Russie, pendant Chabbath. Les nobles Cosaques avec lesquels la foule malfaisante avait de nouveau pactisé chassèrent tous les Juifs de la ville vers les champs et les vignobles où les scélérats les ont encerclés, les ont déshabillés complètement et leur ont ordonné de s’étendre sur le sol. Les scélérats ont adressé aux Juifs des paroles amicales et bienveillantes : « Pourquoi voulez-vous être tués, étranglés et massacrés comme un sacrifice à votre Dieu qui a répandu sur vous Sa colère sans aucune pitié ? Ne vaudrait-il pas mieux que vous adoriez nos dieux, nos images et nos croix, pour que nous formions un seul peuple solidement uni ? » Mais le peuple saint et fidèle, qui s’était si souvent laissé massacrer en l’honneur de Hachem, éleva ensemble la voix en direction du Ciel et s’écria : « Ecoute, Israël, Hachem notre Dieu, le Saint et le Roi de l’univers ! Nous avons déjà si souvent été massacrés en Ton honneur ! Hachem, Dieu d’Israël, puissions-nous te rester fidèles ! » Après quoi ils récitèrent la confession de leurs péchés et dirent : « Nous sommes coupables et acceptons le jugement divin ! » C’est alors que les scélérats se sont jetés sur eux, et il n’y a pas eu un seul survivant.
Il n’est pas étonnant que les Juifs, quand ils entendent aujourd’hui le mot « Cosaque », soient pris de tremblements. Ces gens ont tué 100 000 Juifs et détruit 300 communautés juives de la manière la plus féroce que l’on puisse imaginer.
Aujourd’hui encore Chmielnicki est considéré en Ukraine comme un héros national, une sorte de « libérateur du territoire ». A Kiev se dresse sur une des places principales une grande statue érigée en son honneur.
Voilà comment, en 1648-1649, s’est effondré l’âge d’or du judaïsme polonais.
Ces pogroms ont eu lieu dans l’est de la Pologne, et les Juifs dans les autres parties du pays sont restés en place. La Pologne a continué pendant longtemps de constituer le centre du monde juif achkenaze, comme nous le verrons dans les prochains chapitres.
Il nous faut toutefois, avant d’en arriver là, revenir sur nos pas et évoquer la Réforme protestante qui a eu lieu aussi pendant la Renaissance.
Notre prochain chapitre : La Réforme protestante et les Juifs


Traduction et adaptation de Jacques KOHN 
lamed


RABIN KEN SPIRO







                                      Affiche du festival


                                     Festival de la culture juive


                  La Pologne retrouve la mémoire

Antisémites, les Polonais? Soixante ans après la Shoah et plus de dix après la chute du communisme, ils se précipitent au Festival de la culture juive de Cracovie!

Près de 2,5 millions de juifs vivaient en Pologne dans les années 1930. Les nazis en ont tué environ 9 sur 10 - au camp d'extermination d'Auschwitz, notamment, à quelques dizaines de kilomètres de Cracovie. Près de 9 survivants sur 10 ont quitté le pays après la guerre ou à l'issue des campagnes antisémites organisées, dans les années qui ont suivi, par le régime communiste. Aujourd'hui, le pays compte quelques milliers de juifs, sur une population totale de 40 millions d'habitants.
Carpes farcies et boulettes de viande
Depuis dix ans, cependant, tout a changé. A Cracovie, la place centrale de Kazimierz accueille désormais une dizaine de cafés-restaurants «juifs», où les clients mangent en terrasse carpes farcies, boulettes de viande et saumon fumé. Steven Spielberg a tourné ici plusieurs scènes de son film La Liste de Schindler. Le quartier a vu apparaître deux librairies spécialisées dans les questions juives, un «centre d'accueil juif», une salle d'exposition et un musée. Dès les beaux jours, les autocars déversent des groupes de touristes; les estivants prennent en photo les façades «à l'ancienne» fraîchement repeintes, puis réservent des places pour une des deux visites guidées: «Liste de Schindler» (deux heures) ou «Auschwitz-Birkenau» (six heures).
C'est ici qu'a lieu aussi, chaque été depuis huit ans, le Festival de la culture juive. L'édition 2003 a regroupé, du 28 juin au 6 juillet, plusieurs dizaines d'invités - chanteurs, musiciens, danseurs, écrivains, chefs cuisiniers, cinéastes, sculpteurs, profs de yiddish ou de calligraphie hébraïque... Tous les jours, les représentations théâtrales succèdent aux ateliers, aux projections de films et aux concerts, parfois retransmis à la télévision. Un grand «bœuf» en plein air a réuni tous les musiciens dans une ambiance de fête, samedi 5 juillet, devant près de 10 000 personnes. Si la plupart des artistes sont des juifs étrangers invités pour l'occasion, l'écrasante majorité des spectateurs sont des Polonais non juifs.
Le succès dépasse toutes les espérances. En pleine semaine, par exemple, à 16 heures, un cours de danse hassidique attire plus de 70 personnes. Des femmes, surtout, mais des hommes aussi, souvent blonds aux yeux bleus, qui rient, debout en cercles concentriques, les mains sur les épaules du voisin, en suivant tant bien que mal les indications d'une Américaine à l'accent de Brooklyn: «Left, right, left...» Le même jour, un groupe de Polonais non juifs donne un concert de klezmer - la musique traditionnelle des juifs d'Europe centrale - sous les lambris dorés de la synagogue Tempel, récemment restaurée. Le klezmer est à la mode. Comme il n'y a plus de juifs pour en jouer - ils sont morts ou en exil - plusieurs groupes de jeunes non-juifs ont fait leur apparition: «C'est planant, résume un étudiant. Mieux que la house music!»

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