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Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
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Les Juifs du Caucase

                                                            Les Juifs du Caucase oriental
 
La tribu perdue des Juifs du Caucase



Par Michel TENDIL   à Krasnaïa Sloboda




Au nord-est de l’Azerbaïdjan, vivent les derniers Juifs des montagnes de Krasnaïa Sloboda. Pour cette communauté dont l’origine remonterait aux dix tribus perdues d’Israël, l’ouverture au monde se mêle à d’amères désillusions.


A la sortie de Bakou, la route chaotique longe la Caspienne vers le Nord, à travers une forêt de derricks d’un autre âge, une terre qui n’en peut plus. Au bout de trois heures, elle se perd dans les contreforts du Caucase, peu avant la frontière daghestanaise. C’est un village azerbaïdjanais comme un autre, avec ses toits en zinc ciselé, ses balcons en bois. Mais ici, un détail attire l'œil. La vieille Lada s’arrête devant une belle bâtisse ornée de ferronneries en dentelles et d'étoiles de David. Le portail s’ouvre lentement. « Fransouski ? Shalom ! » L’homme qui en sort est Boris Simandaïev, le chef religieux du village, le gabbaï. Il a la main ferme, les cheveux blancs coiffés d’une kippa, l’hospitalité du patriarche : «Bienvenue dans la Petite Jérusalem ! »

Ce samedi, jour de shabbat, les enfants jouent au cerceau dans la rue. Les vieux sirotent paisiblement dans les maisons de thé. Dominos et jetons de nard claquent à l’ombre des cerisiers. Personne n’est censé travailler aujourd’hui, pourtant l’atelier de ferronnerie est en effervescence. « Ce sont des musulmans, précise Boris Simandaïev, sous le bruit des coups de gouges, environ 70 familles musulmanes vivent ici ». Sur la terrasse de la synagogue knesset, on aperçoit de l’autre côté de la rivière le minaret de la mosquée de Kuba, la ville voisine. Amusant dialogue des religions. « Nous avons toujours eu de bonnes relations avec nos voisins musulmans, ce sont nos amis, nos frères », assure Boris Simandaïev, qui chante son village comme un modèle de paix, tout en égrenant son masbaha, chapelet typiquement turc.

Une origine contestée

La présence de ce schtetl, ici, en terre musulmane, après 2.000 ans de domination perse, turque, russe puis soviétique, a de quoi surprendre. Le crâne clairsemé sur une silhouette tout en rondeur, l'historien Mikhaïl Agarounov a inspiré Marek Halter pour son roman Le Vent des Khazar. Parti depuis quarante ans en quête de ses origines, il prétend détenir les clés de l'énigme. « Nous descendons de l’une des dix tribus d’Israël chassées après la destruction du temple de Jérusalem par les Assyriens, en 722 avant J.-C. », affirme-t-il. « Nos ancêtres se sont installés en Perse où ils ont appris le farsi. Pour échapper aux persécutions, ils se sont réfugiés dans le Caucase ». Et en 1742, un souverain éclairé du nom de Fatali Khan, leur offre l'asile à l’emplacement du village actuel sur les rives de la rivière Goudial Tchaï. Une version qui ne fait pas l’unanimité et Marek Halter, peut-être plus prosaïque, préfère voir chez les Tats les derniers descendants des Khazars, de redoutables guerriers qui dominèrent la région et se convertirent au judaïsme au VIIIe siècle.

Krasnaïa Sloboda est aujourd’hui le dernier bastion juif de cette importance de l’ex-URSS. Une survie que ne peut qu’expliquer l’attachement farouche des Tats à leur foi, leur culture, à cette langue qu’ils sont les seuls à parler, dérivée du persan. « Avant l’arrivée des Soviétiques, il y avait treize synagogues, ils les ont toutes fermées », indique Boris Simandaïev. « Sous Staline, des rabbins étaient déportés en Sibérie, certains ont même été assassinés en 1937, mais on a toujours continué de prier en cachette, on a toujours pratiqué la circoncision au huitième jour ».

Vers la terre promise

Aujourd’hui, Krasnaïa Sloboda semble donner des signes de renaissance. Trois synagogues ont été rénovées. Depuis trois ans, les femmes peuvent se rendre au bain rituel, le mikva, et une école juive a ouvert, il y a dix ans, qui permet aux enfants d’apprendre l’hébreu. Pourtant, les Juifs des montagnes sont en proie à un nouveau défi : l’exode. En six ans, la population est tombée de 5.600 à 3.600 âmes. Les jeunes partent en quête d’eldorado. «Autrefois le village était un kolkhoze, on n’avait pas le droit de prier, mais on avait du travail, maintenant, c’est très difficile, les jeunes s’en vont ; mes trois enfants ont dû partir », se désole Boris Simandaïev. Une agence de voyage s’est installée, placardant jusque dans la rue les prix des vols pour Moscou, Jérusalem, New-York. Un luxe pour ce quartier qui ne dispose pas même d’épicerie. Derrière son bureau, Kevaïet Galibova, une musulmane de 22 ans, sort les registres qu’elle tient d’une main méticuleuse. « Environ 15 personnes prennent l’avion chaque mois, explique-t-elle, principalement pour Moscou, Israël, l’Allemagne, les Etats-Unis et même l’Indonésie ».

Comme pour se rassurer, les vieux se blottissent sur un banc, à l’entrée du village. Ils observent l’étrange ballet des jeunes de retour au pays pour les vacances. A bord d’un Grand Cherokee noir, German, 23 ans, gourmette et chaîne en or en étendard, joue les mirliflores. Il arpente la rue principale, pendu à son téléphone portable, inlassable. « Je suis parti faire du business en Russie et en Chine, du commerce de vêtements », fanfaronne-t-il, tout en passant sous silence ses revenus. « Je reviens juste pour les vacances, les mariages, les enterrements. » Mais tous ne connaissent pas la même réussite. Zakir plastronne en affichant son palmarès de billard (« champion du Caucase », sic), il est moins à l’aise pour dire qu’il lave des voitures à Moscou : « Je gagne 600 dollars par mois, c’est un an de travail ici, mais c’est dur. Pour les Russes, on est des Caucasiens, des "culs noirs" ». « De quoi tu te plains, je gagne 25 dollars », le coupe Garik qui a préféré rester au village pour s’occuper de son verger.

Ceux qui réussissent le mieux se font construire de grandes villas dans les tons pastel, aux fenêtres en forme d’étoile de David. Un luxe tapageur qui a bien du mal à masquer le vide grandissant du village. Symbole de cette démesure : le Princess, un « palais des mariages » tout de stuc rose, construit dans une ancienne synagogue. On devait y célébrer les unions, les fêtes, barmitzvah. Au bout de deux ans, il a dû fermer, faute de clients. Pourtant Boris Simandaïev garde l’espoir. « Nous ne quitterons jamais notre village, tous ces jeunes reviendront un jour, c’est leur patrie ici. Et puis, peut-être qu’avec le pétrole, on pourra retrouver du travail ».
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