AVERTISSEMENT

Amis lecteurs
Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

Les Juifs au Portugal



                                      AUTO DE FE EM LISBOA de Bernard Picart  (1673-1733)                                                                                                                              


LES JUIFS AU PORTUGAL AUJOURD'HUI

Michael Studemund-Halévy

Aujourd'hui, le Portugal est un pays sans Juifs. Ni la construction d'une synagogue à Belmonte, ni larestauration d'une autre synagogue à Castelo de Vide ou le musée juif à Tomar peuvent dissimuler cette réalité. Néanmoins, les indications de judiarias (quartiers juifs), de rues qui portent les noms de Juifs portugais importants à Guarda, Trancoso, Évora, Castelo de Vide, Covilhã, Porto ou Lisbonne, la fondation d'une chaire d'histoire juive à Lisbonne (Cátedra de Estudos Sefarditas Alberto Benveniste) et d'un Centre d'études juives à Évora (Centro de Estudos Judaicos), la fondation d'une Société d'études juives (Associação de Estudos Judaicos) ainsi que de nombreuses expositions, colloques de spécialistes et publications sur l'Inquisition ou les marranes montrent que, dans ces dernières années, le Portugal se souvient de son passé juif. Un passé qui se termine de façon abrupte avec le baptême forcé des Juifs en 1497 et l'introduction de l'Inquisition en 1537. Les publications au sujet du passé juif qui, pour la plupart, ont une orientation historique, sont nombreuses et sérieuses; néanmoins, les chercheurs portugais évitent la réflexion sur l'histoire récente. Ils ne s'intéressent pas à la fondation des communautés juives au 19e siècle, ils craignent la réflexion sur l'antisémitisme politique et religieux des années vingt ainsi que le réflexion sur l'attitude du Portugal fasciste vis-à-vis des Juifs durant la dictature de Salazar. Tandis que la traduction de « Mein Kampf » a suscité, il y a quelques années seulement, la critique d'une grande partie du public, la réimpression non commentée de l'ouvrage antisémite A invasão dos Judeus (« L'invasion des Juifs ») de Mário Sáa qui a été vendu en 1998 dans les librairies de Lisbonne n'a pas causé beaucoup de protestations. Qui veut travailler aujourd'hui au Portugal sur les Juifs portugais et des anciennes colonies portugaises ne peut effectuer ses recherches qu'avec beaucoup dedifficultés : les bibliothèques, dans un état catastrophique sont incapables de se procurer la littérature scientifique étrangère, ce qui rend impossible toute recherche sérieuse.
Aujourd'hui, les quelques Juifs du Portugal sont organisés en quatre communautés : Lisbonne, Porto, Belmonte et Portimão. Le nombre de ses membres s'élevant seulement à quatre-cents, cette communauté juive est parmi les plus petites en Europe. À ces membres déclarés s'ajoutent des milliers de nouveaux Chrétiens (cristãos-novos) qui, dans leurs familles, ont gardé un souvenir vivant de leurs origines juives, les crypto-Juifs (marranos) qui vivent surtout dans les provinces au nord ainsi que les nombreux Juifs anglais et américains qui séjournent longtemps au Portugal.


Nouveau début aux Azores

Les Juifs des Azores n'ont rien ou peu en commun avec les nouveaux Chrétiens qu'on avait forcés à s'établir dans les îles au 16e siècle. Les Juifs quis'installent ici au début des années vingt du 19e siècle viennent du Maroc ; ils quittent l'Afrique du, Nord parce que pour eux, en tant que Juifs, la vie y est devenu trop difficile : et qu'on leur y avait refusé une existence économique. Avant de s'établir aux Azores, ces Juifs marocains s'installent d'abord dans l'Algarve. En 1836, Abraham Bensaúde et d'autres Juifs achètent un bâtiment à Ponta Delgada, ayant en vue d'y établir une synagogue. Entre 1855 et 1866, on construit une synagogue et un cimetière avec 17 tombeaux à Horta (Faila). Environ en 1830, on construit une synagogue à Vila Franca do Campo et à Angra do Heroísmo (Terceira). En 1819, des Juifs du Maroc fondent une petite communauté à Ponta Delgada (São Miguel) qui, en 1848, compte déjà plus de 150 membres. En 1836, ils construisent la synagogue Sha'ar ha-Shamaïm (Porte du ciel). Pourtant, vers 1870, ils quittent l'île des Azores à cause de d'une profonde crise économique. En 1818, Abraham quitte son pays natal, le Maroc, et il s'installe avec sa femme Ester et ses enfants Rahel, Jacob, Joseph et Elias sur l'île des Azores São Miguel. La famille, qui en mémoire de ses ancêtres ibériques s'appelle à nouveau Bensaúde, connaît très tôt un grand succès économique : elle investit dans l'industrie du tabac et cultive le thé, le lin et l'ananas. Bientôt, l'entreprise établit des contacts avec Mogador, Gibraltar, Londres, Hambourg et Manchester – des villes qui ont une longue tradition judéo-portugaise. Peu de temps après, ils s'installent dans le continent portugais, à Lagos, Lisbonne et Porto. Les commerçants deviennent des chercheurs, des juristes et des médecins. Et les descendants de Juifs expulsés et baptisés de force épousent des membres de la haute noblesse européenne.Le retour au Portugal pose de grands problèmes au Juif observant Abraham Hassiboni, car les écoles juives sont inconnues et les universités n'acceptent que des étudiants chrétiens. En suivant le conseil du philanthrope anglais Sir Mose Montefiore, Joseph, le fils d'Abraham, envoie ses enfants Alfredo et Joaquim en Allemagne, à la très orthodoxe Samson-Schule de Wolfenbüttel. Plus tard, Alfredo fait ses études à la Bergtechnischen Universität à Clausthal et à Göttingen, où il obtient son doctorat avec une dissertation sur les « Beiträge zur Kenntnis der optischen Eigenschaften des Analcim » (« Contributions à la connaissance des qualités optiques de l'analcime). En 1911, il sera le fondateur et le premier directeur de l'Istituto Superior Técnico à Lisbonne. C'est surtout grâce à sa femme, Jeanne Eleonore Oulman, crivain de livres pour l'enfance et petite fille de Philip Abraham Cohen de Francfort - un des fondateurs de la Trennungsorthodoxe Israelitische Religionsgesellschaft (Société religieuse israélite orthodoxe séparatiste) à Francfort sur le Main - que son contact avec l'Allemagne ne s'interrompt pas. Son frère Joaquim aussi fait ses études universitaires à Clausthal. Il dirige ensuite le Queen's Dock à Londres et à Lisbonne, où il est responsable de l'agrandissement du port. Mais ce sont ses recherches historiques sur la cartographie et l'astronomie portugaises, dans lesquelles il conteste d'une façon convaincante les thèses d'Alexander von Humboldt qui vont le rendre célèbre. Alfredo et Joaquim sont des Juifs croyants qui occupent des postes prestigieux au sein de la communauté. Une génération plus tard, pourtant, la fin de la monarchie portugaise marque le début de l'ascension de la famille dans la société chrétienne portugaise.


La communauté juive de Lisbonne

Lisbonne devient le coeur de la vie juive. Dans la capitale portugaise, pas loin de l'endroit où, pendant des siècles, avaient flambé les bûchers de l'Inquisition, les Cortes déclarent, le 17 février 1821, l'abolition de l'Inquisition. Elles garantissent aux descendants des Juifs expulsés ainsi qu'à tous les Juifs « habitant n'importe où sur la terre » qui souhaitent s'établir au Portugal ou dans ses possessions la liberté de la pratique religieuse. Mais même avant cet édit, en 1801, des membres des familles Amzalaga, Cardoso, Cohen, Hazan et Conqui, toutes de Gibraltar, s'installent à Lisbonne en tant que citoyens anglais. Des Juifs de Gibraltar et du Maroc suivent leur exemple et s'installent sur le continent portugais et sur les îles atlantiques Madeira et les Azores. En août 1828, soixante-trois Juifs vivent déjà sur le continent portugais : cinquante à Lisbonne, cinq à Faro, quatre à Lagos, deux à Beja et deux à Évora ainsi que deux cents cinquante aux Azores, dont cent cinquante à Ponta Delgada. Entre 1850 et 1900, un certain nombre de Juifs s'installe en Angola et au Mozambique, qui sont des colonies portugaises, dans les îles du Cap Vert ainsi qu'à Madeira. Le chiffre relativement bas des Juifs immigrés est dû d'un côté à la situation marginale du Portugal, de l'autre côté surtout au fait que, dans la diaspora séfarade, le souvenir de l'expulsion et du baptême forcé est toujours vivant.Déjà en 1801, on concède aux Juifs une parcelle du Cimetière Anglais (Cemitério Inglês da Estrela) pour qu'ils puissent y enterrer leurs morts selon le rite juif : le 26 février 1804, José Amzalaga sera le premier à y être enterré selon ce rite. Les quelques Juifs sont confrontés à deux grands défis : la fondation d'une communauté unifiée (Comité da Comunidade Israelita de Lisboa), qui ne sera réalisée qu'à la fin du 19e siècle ; ensuite, la lutte pour la reconnaissance juridique en tant que communauté religieuse indépendante, car, selon la constitution de 1826, le catholicisme est la seule religion admise et seulement les étrangers sont autorisés à pratiquer en privé leur religion. En 1850, il y a deux Shohatim (abatteurs rituels) à Lisbonne. En 1865, les Juifs de Lisbonne achètent au Alto de São João;o un terrain de 45 X 128 m pour construire un autre cimétière, qui est encore utilisé aujourd'hui. En 1882, Moses Amzalak fonde la société Ozer Dalim, qui se charge de donner aux Juifs pauvres un repas chaud le Shabbat. Il y aura ensuite d'autres sociétés charitables : en 1865, Simão Anahory crée Nophlim (Amparo dos Pobres); en 1899, Leao Amzalak fonde la Cozinha Económica (Cuisine des pauvres) qui, dans l'année même de sa fondation, donne 5.000 repas et en 1916 plus que dix milles. Le service est célébré d'abord dans des maisons privées; seulement au cours des années on construit plusieurs petits bâtiments de prière et des synagogues. En 1892, le gouvernement civil autorise la fondation de la Associação Guemilut Hassadim, irmandade israelita de socorros mútuos na hora extrema e funerais, une autorisation qui est très proche de la reconnaissance juridique de la religion juive. Vu le petit nombre des membres - il y a au maximum 180 chefs de familles pour moins de mille Juifs - les activités charitables, pédagogiques et culturelles sont remarquables : En 1914, la Biblioteca Israelita est fondée ; le 23 octobre 1922, c'est le tour de la Escola Israelita où on enseigne, outre la langue hébraïque, l'espagnol et le français ; et, trois ans plus tard, l'organisation de jeunesse He-Haver qui jouera plus tard un rôle important dans l'aide pour les réfugiés juifs est fondée. En 1928 paraît le premier (et dernier) numéro de la Revista de Estudos Hebraicos. On construit des synagogues et des cimetières également en dehors de la capitale portugaise. Des Juifs venant de Gibraltar, du Maroc et de l'Espagne s'installent vers 1820 à Faro, dans l'Algarve (au sud du pays), où se forme au cours des années une petite communauté qui finira par compter soixante familles. Entre 1830 et 1869, deux synagogues sont construites (Sinagoga dos Ricos et Sinagoga dos Pobres ; une synagogue a également fonctionné à Lagos, entre 1830 et 1936) et un terrain pour un petit cimetière est acheté. Lorsqu'au 20e siècle de nombreux membres de la communauté quittent Faro et s'établissent surtout à Lisbonne, la vie juive dans l'Algarve s'éteint pratiquement. Le cimetière qui risquait devenir un dépotoir a été soigneusement restauré dans les dernières années, et, en 1993 il a été inauguré solennellement en présence du Président de la République, Mário Soares. Aujourd'hui, le centre de la vie juive pour les dix-sept membres de la communauté dans l'Algarve est Portimão. Les jours de fête importants, les Juifs de l'Algarve peuvent compter sur la participation de touristes juifs.
Le centre juif le plus important à part Lisbonne est toujours Porto, ville portuaire au Nord du Portugal. La fondation de ce centre est principalement l'oeuvre de « l'apôtre des marranes », Artur Carlos de Barros Basto. En 1915, Barros Basto fonde l'organisation sioniste Melakhah Tziyonyth qui, cinq ans plus tard, ensemble avec l'organisation Associacão de Estudos Hebraicos Ubá-Le-Sion (fondée en 1912 par Adolfo Benarus), fusionne avec la Federação Sionista de Portugal. Le 1er juillet 1927, la synagogue Mekor Haim (Source de vie) est inaugurée dans la Rua do Poço das Patas. Entre 1929 et 1938, la synagogue Kadoorie Mekor Haim est construite dans la Rua Guerra Junqueiro, surtout avec l'argent de la famille Kadoorie et des comités des anciens marranes de Londres, Amsterdam et Hambourg. La communauté consiste aujourd'hui seulement de quelques membres. Les jours de fête importants, le service est assuré par des rabbins d'Israël. A Belmonte, où des centaines d'hommes se désignent eux-mêmes comme « judeus marranos » et où ils pratiquent leur foi en cachette – leur descendance des Juifs baptisés de force est de plus en plus mis en doute – existent aujourd'hui deux communautés : une de marranes et une autre d'anciens marranes qui, il y a peu de temps, se sont convertis au judaïsme. Le 5 décembre 1996, la nouvelle synagogue Bet Eliahu a été inaugurée. La communauté consiste aujourd'hui d'environ 170 personnes. A Covilhã fonctionnait, en 1939, la synagogue Portas das Tradição, qui était fréquentée surtout par les marranes. La synagogue Bet Ha- Midrash (Maison des prières) à Caldas da Rainha a été construite pendant la Deuxième Guerre Mondiale par des réfugiés de l'Europe de l'est.


Apôtres des marranes

Des noms de famille tels que Abrantes, Campos, Carvalho, Costa, Cruz, Dias, Espirito Santo, Estrela, Henriques, Lopes, Mascarenhas, Matos, Mendes, Morão, Nunes, Paiva, Pereira, Pessoa, Preto, Rodrigues, Silva, Souza ou Vaz passent pour beaucoup de Portugais comme des noms typiques juifs-portugais. Ceux qui portent ces noms se désignent souvent eux- mêmes comme des descendants de Juifs baptisés de force (cristãos novos) ou comme des crypto-Juifs (marranos). Les crypto-Juifs qu'on connaît à travers la littérature portugaise du 19e et du 20e siècles (Camilo Castelo Branco ; Miguel Torga) et des descriptions de voyage sont connus par un plus grand public lorsque, en 1917, l'ingénieur des mines polonais Samuel Schwarz établit des contacts avec les marranes de Belmonte, Guarda et Covilhã. Son livre « Os cristãos-novos em Portugal nó século XX », paru en 1925, raconte l'histoire de ces crypto-Juifs et décrit de façon vivante leurs coutumes (clandestines) juives, telles qu'elles sont pratiquées surtout par les marranes dans les provinces lointaines du nord du pays, dans la Estremadura et la Beira, ainsi que dans des villes comme Argozelo, Bragança, Castelo Branco, Covilhã, Fundão, Idanha, Monsanto, Penamacor, Tomar et Trancoso. Le livre montre un enthousiasme inattendu pour les «Juifs oubliés et exotiques» du Portugal. En 1923, Schwarz achète la synagogue de Tomar qui était tombée en ruine. De par sa situation géographique et sa forme, cette synagogue est un exemple unique de l'architecture synagogale portugaise de l'époque précédant l'expulsion des Juifs. Plus tard, Schwarz fait cadeau de cette synagogue au gouvernement portugais pour en faire un musée luso-juif. En 1939, le musée qui porte le nom du mathématicien et astronome portugais Abraham Zacuto est inauguré. Tandis que les membres de la communauté juive de Lisbonne ont une position respectée dans la société portugaise, les marranes suscitentavec leurs acitivités la méfiance de l'église catholique et d'une grande partie de la bourgeoisie cléricale conservatrice, cette dernière craignant à juste titre que des catholiques puissent se tourner vers le judaïsme. Les discussions controversées ne manquent pas à l'intérieur de la communauté juive de Lisbonne. Ainsi Abraham Levy proteste contre la circoncision des nouveaux Chrétiens (cristãos novos) ; d'après Samuel Sorin la communauté naissante de Porto n'est autre qu'une secte, car les prières ne correspondent pas à celles de l'orthodoxie juive (uma seite, porque as orações que viu não o satisfazerem por serem falhas do ritual tradicional ortodoxo). A cela s'oppose le Professeur Moses Bensabat Amzalak, en argumentant que l'entrée des crypto-Juifs dans le judaïsme a été mentionnée par le grand-rabbin de Palestine, Jacob Meier, qui l'aurait approuvée. Amzalak s'intéresse vivement au travail de Barros Basto, travail qu'il admire beaucoup. Par conséquent, suite à la demande d'Amzalak du 21 avril 1927, la communauté de Lisbonne soutient avec la somme de 100 Escudos le journal édité par Barros Basto, Ha-Lapid (Le flambeau). Le 19 décembre 1927, Amzalak rapporte la fondation d'une nouvelle communauté juive à Bragance et dans d'autres villes. Les deux rêvent de la fondation d'une instance dirigeante (corpo directivo) dans lequel toutes les communautés juives du Portugal devraient s'unir.Le mouvement marrane atteint son point culminant sous le leader charismatique Artur Carlos de Barros Basto qui s'appelle lui-même « apôtre des marranes ». Sous son influence naissent des communautés juives à Belmonte, Bragance, Castelo Branco, Guarda et Pinhel. En 1929, il fonde la yeshivah Rosh Pina pour familiariser les marranes – surtout les fils des pauvres paysans du nord - avec le judaïsme normatif.
L'Alliance israélite à Paris et l'Anglo-Jewish-Association (AJA) à Londres suggèrent la fondation d'un internat religieux à Lisbonne pour faire connaître aux marranes les fondements de la religion juive. Les deux institutions chargent le politicien et historien anglais Lucien Wolf de réaliser ce projet. Le mémoire que ce dernier rédige après sa visite entraîne, en 1926, la fondation du Marrano Committee à Londres ; d'autres fondations suivront à Amsterdam et à Hambourg. Comme siège de l'internat Wolf ne propose pas Lisbonne mais la ville portuaire de Porto, entre autre à cause du fait qu'il avait fait la connaissance de Artur Carlos de Barros Basto. Ce dernier, capitaine décoré de l'armée portugaise, devient dans les années suivantes, le dirigeant incontesté des marranes portugais. Après une visite à la synagogue portugaise à Paris et une tentative vaine de devenir un membre de la communauté juive de Lisbonne, il épouse Lea Azancot, d'une famille juive de Lisbonne, et il se fait circoncire à Tanger. Désormais, il s'appelle par son nom juif, Abraham Israel Ben-Rosh. Il ne se contente pas d'être simplement un membre de la communauté : convaincu de son devoir d'établir une vie juive au Portugal et de ramener les « marranos » au judaïsme normatif, il commence dès les années vingt une activité intense de mission dans les régions isolées du Portugal du nord. Le comité des marranes de Londres le soutient avec des moyens financiers, et l'historien anglais Cecil Roth et la journaliste française Lily Jean-Javal lui garantissent leur soutient journalistique. Tous les deux sont responsables de l'image « romantisante » des marranes et de leur « apôtre ». En 1923, Abraham Israel Ben-Rosh alias Artur Carlos de Barros Basto fonde une communauté juive à Porto. Entre 1927 et 1958, il édite la revue «Ha Lapid» («Le flambeau») qui est peut- être le document le plus important de l'histoire des marranes portugais. Le 30 juin 1929, grâce à la donation d'Edmond de Rothschild (Paris), on pose la première pierre de la nouvelle synagogue Mekor Haim (Source de vie) à Porto. Pour garantir le progrès de la construction de sa communauté, Barros Basto invite de nombreux émigrants allemands et autrichiens à s'installer à Porto ; parmi eux se trouvent le médecin et pacifiste Dr. Rudolf Hirsch (l'oncle de l'écrivain portugaise Ilse Losa) et La famille Cassuto de Hambourg. Le jeune Alfonso Cassuto devient le directeur de la yeshivah Rosh Pina, son père Yéhoudah Leon Cassuto devient le président de la communauté. L'entrée de ces membres dans la communauté entraîne de fortes tensions, tellement grandes sont les différences culturelles entre Juifs de Pologne, de Russie et d'Allemagne qui pratiquent le rite ashkénaze et les marranes du Portugal, qui venaient de revenir au judaïsme. En 1934, Barros Basto est dénoncé à la police : on l'accuse d' «actes immoraux » (actos imorais). Pendant longtemps, Barros Basto soupçonne des membres ashkénazes de sa communauté d'être les instigateurs du complot. Malgré le rejet de ces accusations, trois ans plus tard le capitão est de nouveau dénoncé, et le 12 juin 1937, sur ordre des généraux Hamilcar Barcínio Pinto et Silva Basto, il est condamné et expulsé de l'armée. Cette sentence est confirmée le 1er juin 1937 par le ministre de guerre, Santos Costa ; jusqu'à, elle n'a pas été cassée. Le climat politique du Portugal avec son fort antisémitisme, la grande immigration des réfugiés européens, le fait que Barros Basto est Juif et franc-maçon et que la communauté de Porto est formée surtout par des émigrants allemands, autrichiens, polonais et russes – voici des facteurs importants de la condamnation du capitão. Ainsi, la police secrète du Portugal fait observer Barros Basto et quelques membres de sa communauté encore dans les années cinquante. Une tentative de la famille du capitaine de faire rouvrir le cas en 1975, reste sans succès. Soixante ans après les premières accusations etmcinquante-cinq ans après l'expulsion du capitaine de l'armée, le « cas Barros Basto » occupe encore la presse portugaise, surtout le journal quotidien de Lisbonne, O Público, qui publie en décembre 1994 et en 1995 plusieurs articles sur Barros Basto, le mouvement des marranes, l'antisémitisme portugais et l'Etat fasciste. Les recherches récentes montrent très clairement dans quelle mesure le capitaine est devenu la victime d'une intrigue personnelle et qu'il devait inévitablement tomber dans le « filet » de l'Etat fasciste qui suivait les idées des émigrés avec méfiance. Malgré sa défaite personnelle, il réussit quand même à mener à terme les travaux de construction de l'imposante synagogue à Porto, financés surtout par la famille Kadoorie de Hong Kong. Le 16 janvier 1938, la synagogue est inaugurée à la présence de nombreux invités nationaux et internationaux. Néanmoins, l'oeuvre de sa vie est détruite, le « mouvement des marranes » disparaît aussi vite qu'il était né.


1933-1945

Le colloque de Lisbonne et l'exposition « Fugindo a Hitler e ao Holocausto. Refugiados em Portugal entre1933-1945 » qui fut montrée en mai 1994 à Lisbonne et plus tard à Porto et Coimbra provoque une discussion animée sur l'antisémitisme portugais, le fascisme et le rôle du pays pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Au début du 20e siècle, l'antisémitisme portugais devient socialement acceptable. En 1924, le journaliste Mário Sáa publie un livre destiné à devenir célèbre, A Invasão dos Judeus ; avec ses chapitres provocateurs (« Invasion du sang », « Attaque de l'Etat », « Attaque de la vie intellectuelle » ou « Attaque de la religion ») le livre donne une foule d'arguments aux antisémites portugais. Sous Salazar et le soutien de ses conseillers allemands paraissent à plusieurs reprises, dans les journaux et les revues du pays, des caricatures et des articles antisémites, qui deviennent encore plus nombreux après la fondation de l'Etat d'Israël (1948).Bien que le Portugal fût considéré par les émigrés allemands comme une terre d'asile assez tardivement, à cause de sa situation marginale, s'y installent déjà en 1933 quelques douzaines d'émigrés, surtout des Juifs. La plupart de ces émigrés vont à Lisbonne, des groupes plus petits à Porto, Coimbra et Madeira. En 1933, l communauté juive de Lisbonne et le médecin Augusto d'Esaguy fondent la Commissão Portuguesa de Assistência aos Judeus Refugiados (Commassis), un comité d'assistance qui, avec l'accord du gouvernement, soutient de nombreux réfugiés. Après avoir été obligé, au début de la Deuxième Guerre Mondiale, d'arrêter leur activité pour une période intermédiaire, la Commassis devient très importante pendant l'émigration en transit entre 1940 et 1943 en tant qu'institution caritative. Grâce aux efforts d'activistes juifs comme Moses Benbassat Amzalak, Elias Baruel et Santób Sequerra, Lisbonne devient le lieu de refuge et de liberté pour 100.000 rescapés qui sont, dans la plupart, des Juifs. Dans les années suivantes, les autorités portugaises songent même à installer des Juifs en Angola pour renforcer la population blanche.
Le ton antisémite dans la politique intérieure et extérieure devient de plus en plus sensible. En 1935, le ministère de l'extérieur suggère au gouvernement de prendre des mesures dures et rigoureuses contre « les Polonais, les Russes, les Juifs et les hommes sans nationalité valide ». Dans les années suivantes, le nombre de mesures restrictives contre une nouvelle immigration qui augmente énormément suite au développement international et à la politique d'asile d'autres pays européens. Les visas d'entrée et de passage sont délivrés plus rarement, et après 1940, ils ne sont accordés qu'à ceux qui puissent montrer un visa d'entrée d'un autre pays. En même temps, le Portugal se montre plus sévère dans les concessions de l'asile. Vers la fin de l'année 1937, ont lieu les premières représailles contre des réfugiés du régime de Hitler. Entre 1937 et 1945, plus de 300 réfugiés allemands sont arrêtés par la Policia de Vigiliância e da Defesa do Estado (PVDE), et restent en prison pendant des mois. Les protagonistes de cette politique ouvertement antisémite et hostile vis-à-vis des émigrants sont des groupes de la police secrète PVDE qui est en partie orientée vers le national-socialisme. Jusqu'au milieu de l'année 1940, 15.000 réfugiés arrivent au Portugal en passant par l'Espagne, leur nombre augmentant encore et s'élève à 40.000 à la fin de l'année 1941. Après l'occupation du sud de la France en novembre 1943, des vagues de réfugiés se déversent sur le pays; cette immigration diminue avec la fermeture stricte des frontières espagnoles en mars 1943, mais elle ne s'arrêtera jamais. Jusqu'à la libération de la France en été 1944, environ 80.000 à 100.000 émigrants, pour la plupart germanophones, trouvent asile au Portugal.
Même si Salazar promet aux Juifs du Portugal l'autonomie administrative et la liberté religieuse totales – promesse qu'il tient -, la plupart des 1.200 Juifs qui se trouvaient au Portugal en 1945, quitte le continent portugais et les îles atlantiques après la Deuxième Guerre Mondiale et s'installe dans l'Amérique du Nord et du Sud et en Israël. Les familles qui restent au Portugal sont pour la plupart celles qui ont déjà immigré avant la guerre et qui sont bien installées. Le Portugal et Israël établissent des relations commerciales, et, depuis 1960, il y a un consulat israélien à Lisbonne. La guerre en Angola entraîne de nouvelles émigrations en Brésil, au Canada et en Israël.


Après la guerre

Après la guerre, seulement quelques émigrants juifs restent au Portugal. Un Va‘ad Hatzala (Comité de sauvetage) à Lisbonne s'occupe des survivants des camps de concentration allemands et italiens. La situation de la communauté juive à Lisbonne qui, en 1892, se composait de 131 chefs de famille dont seulement quatre Ashkénazes, change rapidement. En 1920, 12 des 179 contribuables sont déjà des Ashkénazim. En 1950, on constate un changement dramatique : plus de la moitié des 290 chefs de famille sont des Ashkénazim (164). Les mêmes données sont confirmées en 1960. Malgré l'augmentation de l'assimilation, la communauté garde toujours une vie normale. En 1951, il y a trois services religieuses par jour, en 1961 et en 1962, on est capable de rassembler un minyan par jour, il y a deux hazanim et deux shohatim, ce qui témoigne d'une vie juive intense. L'éducation juive constitue en revanche un grand problème. La Escola Israelita a dû fermer ses portes en 1937 à cause du manque d'élèves. Plusieurs tentatives de ranimer cette activité n'ont pas eu de succès durable. On essaie alors d'installer une crèche et de faire des cours dans les locaux de la synagogue, au Centro Israelita, au Liceu Francês etc. Du point de vue financier, la communauté se trouve dans une grande crise. Les dépenses mensuelles sont quatre fois plus élevées que les revenus, et en outre la communauté est menacée par le problème du viellissement. En 1962, il y a cinq décès et seulement cinq naissances et trois mariages. En 1960, le Hospital Israelita et la Cozinha Económica doivent fermer.Avec la guerre coloniale en Afrique la situation se détériore de façon dramatique. Presque toute la jeunesse juive quitte le pays pour aller vivre en Israël. La dictature isole de plus en plus le Portugal du reste du monde. Le fait que la dictature s'appuie sur l'église catholique plonge les Juifs dans unconflit de loyauté.


Après la révolution des oeillets

Après la révolution non violente du 24 avril 1974, environ la moitié des Juifs du Portugal quitte le pays dans la panique et s'installent au Brésil, au Canada et aux Etats-Unis ; pourtant, quelques-uns d'eux rentreront plus tard. En 1978, la Comunidade Israelitica de Lisboa compte de 150 membres, dont de nombreux Juifs des pays de l'Europe de l'Est. La communauté de Lisbonne a un centre communautaire, deux synagogues (la synagogue séfarade se trouve dans la Rua Alexandre Herculano, celle des Ashkénazes dans la Avenida Elias Garcia), un hôpital juif et une maison de retraite. En 1975, on fête les 150 ans de l'existence de l'organisation de jeunesse He-Haver. Parmi les membres de la communauté, il y a de nombreux médecins, juristes, professeurs à l'université et commerçants qui, pour la plupart, ne sont pas religieux mais se sentent proches de la culture juive et de l'Etat d'Israël. En 1977, l'ambassade israélienne à Lisbonne est inaugurée. Le 17 mars 1989, le président de la République Mário Soares, visite la petite synagogue de Castelo de Vide et s'excuse personnellement au nom du Portugal auprès des Juifs du monde entier pour les crimes qui avait été commises contre les Juifs « au nom du Portugal » (« Em nome de Portugal, peço perdão aos judeus pelas perseguições de que foram vítimas na nossa terra »).Depuis la fin des années 1980, des thèmes juifs intéressent de plus en plus les scientifiques et le public portugais. En 1989, la Fundação Gulbenkian organise un colloque international sur « le judaïsme dans la culture occidentale » : en 1993, se tient sous le patronage de l'UNESCO un colloque à Monsaranz sur « Juifs et Arabes sur la péninsule ibérique – Rencontre des Religions, Dialogue culturel ». Dans les dernières années, la communauté juive de Lisbonne et la Associação Portuguesa de Estudos Judaicos (fondée en 1994) se font remarquer par leur nombreuses initiatives : d'abord par leur grande exposition «Os Judeuzs Portugueses entre os Descobrimentos e a Diáspora» (1994), ensuite par la fondation de la Revista de Estudos Judaicos (1995) qui se considère comme la succession de la Revista de Estudos Hebraicos dont n'a paru qu'un seul numéro, en 1928. Au début 1996, elle organise le congrès international Patromónio Judaico Português». En collaboration avec la bibliothèque nationale portugaise, l'Association Portugaise des Etudes Juives montre en 1997 à Jérusalem les expositions « Portuguese Jewry Through Books and Literature » et «Testemunhos do Judaísmo em Portugal». En juillet 1997, se tient un séminaire international au Convento da Arrábida sur des Juifs à la culture portugaise. Et, en novembre 1999, l'université Évora organise, en collaboration avec la Associação de Estudos Judaicos,un congrès international de spécialistes sur les « Juifs séfarades entre le Portugal, l'Espagne et le Maroc ».
Les historiens des universités de Lisbonne, Porto, Aveiro et Évora poursuivent depuis de nombreuses années leurs recherches engagées sur l'Inquisition et l'histoire des Juifs portugais en Inde et dans l'Afrique du Nord ; pourtant, ce n'est qu'en 1997 que la chaire « Cátedra de Estudos Sefarditas Alberto Benveniste », financée par une fondation privée, a été inaugurée à la faculté des sciences humaines de l'université de Lisbonne. Elle est le premier centre d'études juives dans une université portugaise. Le Centro de Estudos Judaicos à l'université d'Évora qui avait été fondé en 1998 avec l'aide de la Associação de Estudos Judaicos et qui veut intéresser les étudiants à l'histoire juive de leur pays par des activités comme par exemple une « semaine séfarade » ne réussit point à mener à bien ce projet.


Politique, science et littérature

Malgré leur petit nombre, l'apport des Juifs portugais à la politique, à la science et à la littérature est considérable. L' économiste Mosés Bensabat Amzalak (1892-1978) était le directeur de l'Université Technique et le président de la Academia de Ciencias de Lisboa ; l'historien Joaquim Bensaúde (1859-1952) a fondé l'Academia Portuguesa de História ; Alfredo Bensaúde (1856-1941) a été le premier directeur de l'Istituto Superior Técnico à Lisbonne ; Marck Athias (1975-1946) était professeur de physiologie à l'université de Lisbonne. De familles juives sont l'ancien maire de la ville de Lisbonne, Nuno Kruz Abecassis, ainsi que le président actuel de l'Etat, Jorge Sampaio. L'orientaliste et hébraïsant Salomon Saragga (1842- 1900) a dirigé les revues « Os dois Mundos » et « Europa Pitoresca » ; José Benoliel (1858-1937) a rédigé de nombreux travaux concernant la langue des Juifs du Maroc ; l'angliste et professeur à l'université de Lisbonne Adolfo Benarús (1863- 1950) s'est opposé dans nombreux écrits à l'antisémitisme.
Au 20e siècle, les Juifs du Portugal se font surtout remarquer dans la littérature : les auteur de pièces de théâtre Levy Bensabat (Luz e sombra ; Dialogo em verso) et Artur Rodrigues Cohen (La Vida) ; les poètes Eliezer Kamnezky (Reflexos da minha alma; Alma Errante), José de Esaguy (Oraçao a Patria ; Adeus ; Esfinge), Lygia Ezaguy (Ela…, Ele…), Max Leao Esaguy Wartenberg (A Noiva que el Sol roubou ; Um dia no Paraiso ; Metei o meu filho) ; les auteurs de romans et de récits Ruben Marcos Esaguy (Espanha e Marrocos), José de Esaguy (A vida do infante Santo), Simy Ezaguy (Ansia de Viver), Eva Renata d'Esaguy (Feira de Vida).
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