AVERTISSEMENT

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Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

Les Karaites












Les karaïtes, une secte éteinte? C’est ce que prétendrait le Talmud au sujet de ces Juifs qui ont rejeté la Torah orale et les commentaires rabbiniques pour ne garder que le Tanakh ou Ancien Testament – mais force est de constater que c’est inexact. A moins de prendre Nehemia Gordon, karaïte convaincu, pour un revenant. Certains objecteront que les karaïtes d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes que ceux d’hier, originaires d’Egypte, que le mouvement karaïte – en plein essor – est rené de ses cendres. Faux également : la communauté karaïte, bien que très minoritaire, n’a jamais cessé d’exister, et est aujourd’hui encore essentiellement composée de Juifs d’Egypte.

Un karaïte fils de rabbin ultra-orthodoxe : “Le Talmud est trop souvent en contradiction avec le Tanakh.”

Voilà ce que m’explique Nehemia Gordon, les yeux brillants, le verbe haut. Fils de rabbin ultra-orthodoxe, ce jeune divorcé de trente-quatre ans, qui a fréquenté l’école juive à Chicago (d’où il est originaire) ou plus exactement la “yeshivah ketana”, est incollable en matière de loi juive. En outre, il est diplômé d’études bibliques de l’Université hébraïque et a rédigé des publications sur les manuscrits de la mer morte, ainsi qu’un livre en anglais intitulé The Hebrew Yeshu Versus the Greek Jesus (Le Yechou hébreu face au Jésus grec), où il explique notamment que la nature du conflit entre Jésus et les pharisiens a été mal comprise. Une chose est sure : Nehemia n’est pas devenu karaïte par ignorance.

Selon lui, le Talmud est trop souvent en contradiction avec le Tanakh. A l’âge de l’adolescence, il devient “Nehemia le karaïte”, comme l’appellent ses camarades de classe pour se moquer de son entêtement à s’attacher au texte de la Bible. Simple sobriquet, car Nehemia ne se doute pas qu’il existe encore des karaïtes : “Je pensais qu’il y avait eu, dans un passé lointain, une communauté karaïte en Egypte, et que celle-ci avait disparu.”

Lisant la Bible pour la première fois, il découvre un texte qu’il était censé avoir étudié pendant des années.

Dans sa recherche assidue de la vérité, il décide un jour de prendre une Bible et de la lire de bout en bout, sans les commentaires de Rashi et du Rambam, en anglais ; il se souvient avoir été stupéfait par la découverte d’un texte qu’il était pourtant censé avoir étudié de près pendant des années. En effet, ses enseignants avaient coutume de dire qu’il était interdit d’étudier la Bible sans commentaires, sous peine de mal la comprendre. Or Nehemia découvre un texte tout à fait lisible et compréhensible, doté en outre de beaucoup de bon sens, mais effectivement très différent de celui étudié à la Yeshivah ketana : “On m’avait toujours dit qu’avant de se rendre chez Laban, Jacob étudiait en yeshivah. Or je n’ai trouvé aucune mention de yeshivot dans le Tanakh !”

C’est à cette époque qu’il découvre qu’il n’est pas le seul karaïte sur terre : “Quelle ne fut ma surprise d’apprendre, par un ami lycéen, qu’une importante communauté karaïte était implantée à San Francisco ! Dès que possible, j’ai pris un bus pour San Francisco. C’est le plus long voyage que j’aie jamais fait : 50 heures de car. J’avais seize ans.”

“Le mouvement karaïte est en pleine renaissance”

Selon Nehemia, il existe aujourd’hui près de 40 000 karaïtes dans le monde, dont à peu près 35 000 en Israël, et 5 000 répartis aux Etats-Unis, en France et en Suisse : “Ce sont des chiffres approximatifs”, précise-t-il. Selon d’autres sources, ils ne seraient en tout que 30 000. S’il est vrai que le mouvement karaïte est aujourd’hui en pleine renaissance avec un nombre toujours croissant de Juifs qui y adhèrent, la plupart des karaïtes actuels sont toutefois originaires d’Egypte. “En 1956, ils ont été expulsés d’Egypte bien qu’ils s’y trouvaient depuis plus longtemps que les Arabes. Beaucoup ont fui pour les Etats-Unis.”

Où sont aujourd’hui les karaïtes en Israël ? Essentiellement à Ramle et Ashdod, mais aussi Beer Sheva et Ofakim. A ces villes s’ajoutent les mochavim Ranen (à proximité d’Ofakim) et Matzlia’h (près de Ramle). On trouve aussi des synagogues karaïtes à Bat-yam et Rishon-le-Tsion. A Jérusalem, il existe une synagogue karaïte dans le quartier juif de la vielle ville, rue des Karaïm. “Cette synagogue date du XIIème siècle. Elle a toujours été fréquentée, sauf sous le règne jordanien, à l’instar des autres synagogues”, précise Nehemia.

“Nous sommes le contraire d’une secte, puisque nous n’avons pas de chef charismatique.”

S’il est une chose qui irrite Nehemia, c’est que l’on puisse considérer les karaïtes comme une secte : “Nous sommes le contraire d’une secte, puisque nous n’avons pas de chef charismatique. Nous cherchons les réponses à nos questions dans les Ecritures. Les trois fondements du mouvement karaïte sont la foi en un seul Dieu, le Tanakh comme unique source d’autorité, et l’attachement au pchat, qui n’est pas la lettre, mais le sens premier du texte, pris en contexte et compris au moyen de la raison. ‘Circoncisez vos cœurs’, est-il dit. Il ne s’agit évidemment pas de passer au bloc opératoire ! Bien sûr, nous pouvons demander conseil en cas de doute, mais l’interprétation finale nous appartient.”

Toutefois, il existe un consensus général concernant certaines pratiques juives, jugées contraires à la Torah. Ainsi, les karaïtes ne font pas d’ablutions rituelles avant de passer à table, et l’énonciation de la bénédiction “Béni sois-Tu Eternel, qui nous as ordonné de nous laver les mains” est considérée comme une faute : “Où, dans la Torah, nous est-il ordonné de nous laver les mains ? On prête à l’Eternel un commandement qu’il n’a jamais donné.” En revanche, souligne Nehemia, il est clairement dit dans la Torah : “Tu n’ajouteras rien et ne retrancheras rien” aux Ecritures. Ainsi, les karaïtes n’allument pas les bougies du shabbat, cette pratique n’étant pas mentionnée dans le Tanakh.

Pas de bougies de shabbat, d’ablutions et de bains rituels chez les karaïtes

Il en est de même du commandement de se tremper dans le bain rituel à l’issue de la période d’impureté menstruelle : “La Torah prescrit de passer sous de l’eau vive. En utilisant le contexte et la logique, nous traduisons eau vive par ‘potable’. Or l’eau javellisée des mikvés n’est pas potable, tandis que celle de la douche l’est ! Ce que l’on appelle aujourd’hui mikvé est donc interdit chez nous.” Quant à la cacheroute (règles alimentaires juives), elle est respectée dans les grandes lignes établies par la Torah écrite : “La viande que nous consommons est cachère et vous pouvez être sûrs que nous n’irons pas cuire un agneau dans le lait de sa mère. En revanche, nous n’avons aucun problème à consommer ensemble viande et produits lactés.”

D’autres pratiques juives ne font en revanche pas l’objet d’un consensus : “Peut-on allumer la lumière le shabbat chez les karaïtes ?” Nehemia hésite, me conseille d’appeler le rabbin karaïte de Beer Sheva, Moshé Firrouz, plus avisé que lui, et finit par lâcher le morceau : “Tout dépend de si la lumière est considérée ou non comme un feu . Car la Torah interdit d’allumer un feu. Les karaïtes ont des interprétations variées sur la question. Mais ceux qui n’allument pas la lumière ne se servent pas non plus de plaques chauffantes pour réchauffer les plats du shabbat, cet usage étant considéré comme un détournement du commandement divin.”

Et d’expliquer : “Le karaïsme existe depuis le temps de Moïse, même si les karaïtes d’alors ne se faisaient pas appeler de la sorte. Etre karaïte, c’est fournir sa propre réflexion sur le Tanakh. ‘Karaïte’, de l’hébreu Karaïm, signifie ‘lecteur des Ecritures’. Toutefois”, nuance Nehemia, “les karaïtes ne discutent pas le fait que la Torah soit d’inspiration divine et rédigée par Moïse en personne : c’est un courant religieux qui ne fait pas de critique biblique.” Les “rabbins” karaïtes, appelés de préférence “hakhamim” (sages) doivent toujours baser leurs conseils sur le texte du Tanakh. Eliahou Marzouk est probablement la plus grande figure spirituelle karaïte actuelle. Il habite Ofakim.

“Contrairement aux samaritains et aux Hébreux noirs, les karaïtes sont juifs”

Le mouvement karaïte en tant que mouvement politique contestataire remonte au VIIIème siècle ; ce mouvement prétendait contrer l’”impérialisme rabbinique”. L’âge d’or karaïte se situe entre le Xème et le XIème siècles. Les Juifs karaïtes avaient obtenu leur autonomie des autorités rabbiniques dans les pays musulmans et avaient leurs propres institutions. Ils étaient précepteurs d’impôts, médecins, et exerçaient même au sein de tribunaux égyptiens.

En Israël, les karaïtes sont aujourd’hui représentés auprès de l’Etat par le Conseil religieux du judaïsme karaïte universel. Cette organisation parapluie gère les synagogues, les mariages, les divorces. Les mariages karaïtes sont reconnus par l’Etat d’Israël.

On serait tenté de dresser un parallèle entre karaïtes et samaritains, mais Nehemia affirme que ce n’est pas justifié : “Nous sommes juifs, contrairement aux samaritains, qualifiés de Gentils dans le deuxième livre des Rois, chapitre 17, et ce bien qu’ils prétendent descendre d’une des tribus perdues d’Israël. Et puis eux ne se basent que sur la Torah, alors que nous reconnaissons l’ensemble du Tanakh. Sachez qu’il est aussi difficile pour un non Juif de se convertir au karaïsme qu’au judaïsme orthodoxe.” Les karaïtes se sentent-ils plus proches des Hébreux noirs, également désireux de revenir aux sources ? “Nous sommes juifs, eux ne le sont pas”, estime Nehemia.

Le sionisme est central au mouvement karaïte
Les karaïtes sont en outre des sionistes convaincus, vu que le retour à la terre d’Israël est une composante essentielle du Tanakh : “Daniel Al-Kumisi, d’origine perse, est arrivé à Jérusalem autour de 880 avec un programme pour une ‘alyah’ réussie. Sioniste avant l’heure, il encourage les karaïtes à retourner en Israël, allant jusqu’à affirmer que ceux qui se dérobent à ce devoir ‘éveillent le courroux du Seigneur’ (Epître à la Diaspora). Dans les années 50, Moshé Marzouk a été espion en Egypte pour le compte d’Israël. Il a été exécuté en 1954 par les autorités égyptiennes, après avoir placé des bombes sur l’ordre des services secrets militaire israéliens [Affaire Laban, ndlr]. Israël a fait de ce “Juif égyptien” l’un de ses héros, passant sous silence le fait qu’il était karaïte. “Les karaïtes sont prêts à des sacrifices pour la terre d’Israël”, affirme Nehemia.
Les karaïtes croient qu’à la venue du Messie, à fin des temps, un roi descendant de David règnera sur Israël et que le Cohen Gadol, ou Grand prêtre, révélera le sens véritable des Ecritures. En attendant, ils s’efforcent de comprendre les commandements bibliques de leur mieux, sachant qu’ils peuvent se tromper. ” C’est pourquoi nous devons être tolérants des autres interprétations. Au Jugement dernier, on pourra nous reprocher d’avoir mal interprété tel ou tel verset, mais pas d’avoir été malhonnêtes.” Les karaïtes aujourd’hui

Enquête de Nathalie Szerman © Israël Magazine
Nathalie Szerman natszerman@gmail.com

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