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Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
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Les Juifs de Venise


Venise, au détour du Ghetto juif


Venise, au détour du Ghetto juif

Le ghetto vénitien est le plus ancien d’Europe demeuré quasiment intact depuis sa création en 1516. Son musée, ses cinq synagogues, ses boutiques, son restaurant cachère et l’enthousiasme inaltérable du comité d’accueil du Chabad (les Loubavitch) confèrent à ce quartier rénové il y a une dizaine d’années, une atmosphère conviviale et un point de vue éclairant sur ce que fut l’histoire des Juifs sous les auspices plus ou moins favorables de la Sérénissime République de Venise.

Stéphanie Gromann



Les premiers Juifs font leur apparition sur l’île à partir du 10e siècle, ce sont principalement des marchands et des prêteurs originaires d’Allemagne et du Proche-Orient. Ils étaient autorisés à exercer à Venise moyennant une taxe s’élevant à 5% de leurs transactions commerciales. Dès 1366, on donne à la communauté juive la permission de résider sur l’île de Spinalonga, rebaptisée Giudecca, à l’exception des usuriers qui sont cantonnés à Mestre. Et c’est en 1385, que tous les Juifs sont exceptionnellement autorisés à résider à Venise pendant la durée du conflit qui oppose Chioggia à Venise, la Sérénissime ayant un besoin urgent de prêteurs juifs pour financer ses efforts de guerre… Les Juifs n’en sont pas moins expulsés sur ordre du Sénat en 1394, de peur que leurs activités commerciales n’empiètent sur celles des Vénitiens. Ils pouvaient venir y travailler et y résider pour des périodes limitées à deux semaines, à condition de ne pas pratiquer l’usure. Ils étaient, par ailleurs, tenus de porter des signes distinctifs comme la rouelle (rond jaune, en 1394), un chapeau jaune (1396) et encore un chapeau rouge (1500), avaient l’interdiction d’accéder à la propriété (1423), de construire des synagogues (1426) et plus d’une fois, furent contraints d’assister à des messes ou forcés au baptême. En 1480, certains prêcheurs réussissent même à envoyer au bûcher 3 Juifs accusés de meurtres rituels et à en faire lapider un autre pour les mêmes raisons en 1506. Il n’en reste pas moins que Venise voit affluer sur ses rives un bon nombre de Juifs expulsés d’Espagne en 1492 et du Portugal cinq ans plus tard. En 1516, tandis qu’une certaine tolérance à la présence juive en ville se faisait sentir, puisqu’on commençait à les autoriser à étendre leur champ d’action en dehors de leurs spécialités traditionnelles (ouvertures de magasins au Rialto), une majeure partie des nobles vénitiens se range étonnamment du côté des prédicateurs et demande à ce que les Juifs vivent séparés du reste de la population vénitienne. C’est ainsi que le 29 mars 1516, le conseil des Pregadi publia le décret suivant : « Les Juifs habiteront tous regroupés dans l’ensemble des maisons situées au Ghetto, près de San Girolamo ; et, afin qu’ils ne circulent pas toute la nuit, nous décrétons que du côté du vieux Ghetto où se trouve un petit pont, et pareillement de l’autre côté du pont, seront mises en place deux portes, lesquelles seront ouvertes à l’aube et fermées à minuit par quatre gardiens engagés à cet effet et appointés par les Juifs eux-mêmes au prix que notre collège estimera convenable ». Ils avaient 3 jours pour déménager dans la zone de Cannaregio, où se trouvaient les anciennes fonderies à canons.

« Nous sentons cet espace réduit, cette petite ville dans la ville, de façon de plus en plus intérieure, au plus profond de nous et de nos îles : et c’est ce qui compte de ce que nous voyons ou de ce qu’il nous semble voir avec les yeux. » Paolo Barbaro, Petit Guide Sentimental de Venise.

Tandis que l’objectif clairement explicité par les Vénitiens était à la fois, de nier aux Juifs la communication urbaine, de les contrôler et de les isoler, le Ghetto allait s’avérer un rempart protecteur et un creuset culturel d’une rare intensité. Les Chrétiens en location durent se déplacer tandis que les propriétaires étaient autorisés à augmenter les loyers d’un tiers net d’impôt, en guise de dédommagement. Si les Juifs voyaient finalement se réaliser leur projet d’un quartier à eux proposé en vain trois siècles plus tôt, l’enfermement leur imposait de faire des travaux, et tout particulièrement des ajouts d’étages afin de loger tout le monde. C’est la raison pour laquelle on surnomme le Ghetto, petit Manhattan vénitien, avec des immeubles de 7 à 8 étages, des fenêtres collées les unes aux autres, des appartements fragmentés et des plafonds bas. Au fur et à mesure, le Ghetto s’intègre à la République de Venise qui admet la conception juridique juive de Hazakah grâce à laquelle le locataire hérite d’un contrat à vie. En 1583, propriétaires et résidents du ghetto sont tenus de déclarer leurs biens, comprenant les ajouts, afin d’établir un cadastre et de payer la taxe foncière. Il se développe une spéculation entre les habitants juifs du ghetto, qui sous-louent leurs biens les uns aux autres. En tout état de cause et malgré les limitations et vexations imposées par la Sérénissime, la communauté juive connaît une longue période de prospérité. Le Ghetto doit bientôt s’agrandir au gré des nouveaux arrivages. Les premiers résidents étaient les Juifs d’Allemagne et d’Italie résidants dans le quartier de la «nouvelle fonderie » ghetto nuovo. Arrivent ensuite, en 1545, les Juifs d’origine séfarade expulsés d’Espagne et du Portugal que l’on installe dans le ghetto vecchio, adjacent au nuovo et pour finir, on agrandit encore un peu l’ensemble pour loger les derniers arrivants en 1633, Levantins, Marranes, grecs qui s’installent dans un petit quartier appelé ghetto nuovissimo… Grâce aux liens que tous ces Juifs du Ghetto entretiennent avec d’autres communautés juives de par le monde, et en particulier au sein de l’empire ottoman, ils contribuent à l’expansion économique et commerciale de la République vénitienne. En 1655, la population juive du Ghetto refleurit et s’élève à 4800 résidents alors même qu’une grande partie de la communauté avait fui la grande peste de 1630-1631.

« J’entre ici avec émotion et respect. Les synagogues sont admirables. Diversité et beauté intérieure, rouleaux et livres entourés et éclairés d’un rouge qui est la ferveur du cœur. » Philippe Sollers, Dictionnaire amoureux de Venise.

Avant le Ghetto, ils priaient dans des maisons privées jusqu’à ce que les Juifs ashkénazes élèvent la toute première synagogue édifiée entre 1528 et 1529, la Scuola Grande Tedesca (Allemande). Sur les neuf synagogues du Ghetto construites au fil du temps, il en est resté cinq souvent encastrées au sein des habitations par manque de place, comme la pittoresque Scuola Canton (1531) au dernier étage, adjacente au musée juif et à la synagogue allemande dont elle constitue un rajout. La Scuola Italiana (1575) était destinée aux plus pauvres des ashkénazes et aux Italiens qui avaient rejoint Venise du centre et du sud de l’Italie. Enfin, les deux plus imposantes et plus riches synagogues se font face sur le campielo di scuole du Ghetto vecchio : la Scuola Spagnola et Levantina. C’est dans la Scuola Levantina que se trouve le fameux escalier de la Bimah que l’on peut observer en saillie de la rue du ghetto vecchio. Cette période faste donna naissance à une vie intellectuelle florissante où de grandes pointures de la pensée ou/et des affaires se côtoient. On retiendra les noms d’Isaac Abravanel (1437-1508) ancien trésorier du roi du Portugal puis des Rois Catholiques en Espagne ou de Léon de Modène (1571-1648) érudit juif vénitien issu d’une famille notable française qui avait émigré après l’expulsion des Juifs de France à Venise où il était devenu rabbin. Il a écrit, entre autres, un ouvrage intitulé Historia de gli riti hebraici décrivant les rites du judaïsme ainsi que ceux des caraïtes et des samaritains. Son approche ethnographique éclaire encore aujourd’hui des mœurs fantasmées et décriées.

« Ses fenêtres comme des yeux crevés, ses façades hagardes suant je ne sais quel relent de terreur moisie et ruineuse, qui fait penser à la fois à Shylock et à la ville empestée de Nosferatu : on s’attend à en voir sortir des rats. » Julien Gracq

Le déclin du Ghetto commence à se faire sentir dès le 18e siècle tandis quele poids des impôts pèse durement sur la communauté et que plus d’un armateur subi des revers de fortune. Les discriminations dont ils continus à souffrir, d’autant plus durement que la République est elle-même en crise, ont affecté leur position sociale si bien qu’en 1766, on ne compte guère plus que 1700 Juifs à Venise. Le glas du Ghetto juif en même temps que celui de la Sérénissime sonne à la faveur de la campagne d’Italie de Napoléon Bonaparte qui abolit les lois de l’Inquisition pour laisser place à celles de la République française et fait brûler les portes du Ghetto. L’émancipation légale des Juifs vénitiens qui ne sont plus que 3000 sera remise en question sous la domination autrichienne, puis réinstaurée dans le cadre du royaume d’Italie créé par Napoléon (1805-1814) et sujette à des variations politiques qui affectent la ville jusqu’à son annexion au royaume d’Italie en 1866, date à laquelle la communauté juive de Venise devient partie intégrante du judaïsme italien. Entre la fin du XIXe et le début du XXe, on procède à la restauration des synagogues espagnole et levantine, on redécouvre et réhabilite l’ancien cimetière juif sur l’île du Lido. Un cimetière qui existait depuis 1386 et avait été laissé à l’abandon depuis la fin du 18e. La plus grande partie des familles juives habitait désormais hors du ghetto qui demeurait néanmoins le centre de la vie communautaire avec un jardin d’enfant, une école et la Casa di Industria et Ricovero (qui fournissait du travail aux indigents et formait les plus jeunes à un métier) et s’est transformée par la suite en Casa israelitica di riposto (une maison de retraite). Le ghetto reprenait vie à l’occasion des fêtes, et tout particulièrement la foire de Pourim qui venait s’installer sur la place devant la synagogue levantine (où se trouve aujourd’hui une école maternelle).

La ville de Venise se souvient des Juifs vénitiens qui le 5 décembre 1943 et le 17 août 1944 furent déportés dans les camps d’extermination nazis. Plaque commémorative du Campo del Ghetto nuovo.


Comme un peu partout en Europe occidentale, les persécutions nazies frappent une population juive en plein processus d’assimilation. Et c’est sur une population juive italienne de 40 000 personnes dont 1200 Juifs vénitiens parfaitement intégrés à la ville que s’abattent les lois raciales de 1938.

Les mariages mixtes sont légion et la plus grande partie des Juifs s’enfuit avant l’arrivée de leurs persécuteurs. Le 25 juillet 1943, les troupes allemandes entrent en Italie, le 16 septembre de la même année, Giuseppe Jona – président de la communauté juive de Venise se suicide après avoir été sommé de présenter la liste des membres de la communauté et dès le mois d’octobre, les rafles de Rome et de Florence font rage. Mais ce n’est que les 5 et 6 décembre 1943 que la garde fasciste et la préfecture lancent une rafle à Venise, au Lido, à Trieste et sur les îles à Chioggia et arrêtent plus de cent Juifs qu’ils internent au camp de Fossoli. Ce dernier passe aux mains des Allemands à la mi-février 1944, date du départ des premiers convois.
Sur les 207 Juifs vénitiens déportés, 8 personnes seulement ont trouvé le chemin du retour. Tandis qu’il reste encore 1050 Juifs à Venise à l’issue de la Seconde guerre mondiale, l’effectif de la communauté de Venise est estimé aujourd’hui à 500 personnes dont une petite trentaine réside dans ce que fut, pour le meilleur et pour le pire, le Ghetto juif.

Pourquoi avoir abandonné « l’esclavage serein du ghetto » ? Israël Zangwill.

Que reste-t-il du Ghetto aujourd’hui ? Un musée à ciel ouvert ? Il y a un peu de ça, mais il convient tout de même de mettre un bémol à ce constat. Il faut rappeler tout d’abord que le siège de la communauté vénitienne demeure au ghetto. Leur secrétariat est situé au premier étage de la Scuola spagnola du Ghetto vecchio. Il leur incombe de gérer les synagogues, quelques appartements ainsi que la maison de retraite qui n’héberge plus aujourd’hui que cinq personnes. Les Loubavitch, quant à eux, occupent le terrain, et en particulier le Ghetto nuovo. Une quinzaine d’étudiants venus des quatre coins du monde, prient, étudient, accueillent les visiteurs et distribuent des vivres aux indigents de la communauté. Le rabbin Rami Banin est un polyglotte d’origine italienne au caractère sociable et généreux. Il est à la tête du Chabad de Venise et a ouvert récemment un restaurant cachère et une école juive de la maternelle au CE1, appelée à se développer. On regrette, bien évidemment, qu’il n’y ait pas de réelle coopération entre cette communauté vénitienne d’origine, apathique et fermée sur elle-même et le Chabad du rabbin Rami Banin qui, malgré une foi messianique on ne plus envahissante, a su redonner un semblant de vie juive au quartier.


Histoire d’un nom : Le nom "Ghetto" est une déformation du vénitien "geto" qui signifie "fonderie", le quartier ayant été construit sur le lieu d'une ancienne fonderie. La prononciation gutturale de geto en ghetto s’expliquerait par l’accent des Juifs ashkénazes originaires d’Allemagne et d’Europe centrale. Ghetto pourrait aussi être un jeu de mots synthétisant « geto » avec le terme talmoudique « ghet » (séparation). Le quartier de la fusion étant bien celui de la séparation des Juifs du reste de la population.
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